XVII.

Ce fut dans ces heureuses années qu'elle composa la plupart de ses

poëmes, recueillis depuis sous l'humble titre d'_essais_ poétiques.

Nous n'en citons rien ici; à quoi bon citer ce qui est dans la mémoire

de tout le monde? On ne peut faire à cette poésie qu'un reproche,

c'est d'avoir respiré un peu trop l'air des salons: l'air des salons

est trop artificiel et trop tempéré pour donner à la poésie cette

trempe énergique, nécessaire à l'imagination comme au caractère du

talent. L'_esprit_, ce génie trop familier des salons, y corrompt le

véritable génie, qui vit de grand air. Cet air des salons donne à la

poésie des finesses au lieu de grandeur. Les grands accents ont besoin

de grands espaces, de grands mouvements de l'âme, de grandes passions;

une jeune fille, élevée dans cette cage dorée des hôtels de Paris, ne

peut élever sa voix qu'à la portée de la société étroite et raffinée

qui l'entoure: si Sapho eût été une jeune fille de bonne compagnie

dans la cour de quelque roi des Perses, nous n'aurions pas ces dix

vers, ces dix charbons de feux, allumés dans son coeur, et qui brûlent

depuis tant de siècles les yeux qui les lisent.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 71 / 339 题