VII.

À l'extrémité de ce cap coupé à pic, une étroite pelouse bordée d'un

parapet de pierres sèches pour retenir ceux que le vertige emporterait

avec le fleuve, comme le tourbillon emporte la feuille, servait

d'amphithéâtre à cet écroulement éternel des eaux.

Nous n'essayerons pas de le décrire. Il n'y a pas de langue humaine à

la mesure de ces sensations produites par ces jeux de la

toute-puissance divine: la masse d'un fleuve à qui son lit manque tout

à coup; la profondeur incommensurable de l'abîme qui l'engloutit; la

pulvérisation en écume par la seule résistance de l'air qu'il écrase

en tombant; la nappe transformée à vue en vapeurs qui se dispersent au

vent de leur propre volatilisation, et qui fuient aux quatre coins du

ciel comme une volée d'oiseaux gigantesques, ou qui se cramponnent aux

flancs perpendiculaires de la montagne, comme des Titans précipités

cherchant à se retenir aux corniches du firmament; les transparences

vertes ou azurées des langues d'eau que la rapidité, l'impulsion et

le poids du fleuve arqué en pont sur l'abîme, au moment où elles

rencontrent tout à coup le vide, semblent cristalliser; la lumière du

soleil levant qui les transperce, et qui s'y fond en mille

éclaboussures avec tous les éblouissements du prisme; le choc en bas,

le bruit en haut, l'orage éternel, la transe sublime qui serre le

coeur, et qui ne trouve pas même un cri pour répondre à ce

foudroiement de l'esprit. Cette scène n'a pas de mots, mais elle a des

évanouissements, des vertiges, des tourbillons, des frissons et des

pâleurs pour langage; l'homme précipité avec le fleuve est pulvérisé

avant lui, en tombant en idée dans cet enfer des eaux! (Expression de

lord Byron à la même place.)

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 61 / 339 题