IV.

On nous dit à l'auberge, à notre réveil, que deux dames françaises,

une mère et sa fille, arrivées aussi la veille, mais plus tard que

nous, venaient de monter en voiture pour aller visiter les cascades de

_Terni_. De nos fenêtres nous entendions la chute de cette cascade

d'un fleuve, comme un tonnerre continu au fond de la vallée;

l'aubergiste ajouta que la plus jeune et la plus belle des deux

voyageuses était, d'après le récit de leur courrier, la plus célèbre

_improvisatrice_ de la France.

Le nom de mademoiselle Delphine Gay me vint sur les lèvres; je fis

appeler le courrier, qui préférait le vin de _Montefiascone_ à toutes

les eaux de Terni, et qui buvait dans une salle basse en compagnie

d'une _fiasque_ et d'un ami. Le courrier me connaissait parce que

j'avais signé souvent son passeport pour les villes d'Italie; il me

dit que ses voyageuses s'appelaient _madame Gay_ et mademoiselle

_Delphine Gay_, sa fille; que ces dames avaient regretté de ne pas me

rencontrer à Florence; qu'elles avaient des lettres de recommandation

pour moi, et qu'elles espéraient me rencontrer à Rome; puis, montant

aussitôt sur son cheval tout sellé à la porte de l'auberge, il galopa

sur la route des Cascades pour aller prévenir les deux Françaises que

j'étais à Terni, et que j'allais bientôt les rejoindre à la chute du

Vellino.

On me préparait déjà en effet une calèche légère du pays, pour gravir

la pente escarpée du plateau boisé d'où le fleuve se précipite.

Il y a environ deux petites heures de chemin de la ville de Terni au

sommet du plateau. La route, en quittant Terni, s'enfonce en

serpentant sous des voûtes d'arbres aquatiques, tout dégouttants de

l'éternelle rosée de la chute. Ce chemin traverse, sur des ponts

romains à demi écroulés et verdis de mousse humide, trois ou quatre

branches du fleuve. Les vagues fuient encore avec la rapidité et le

sifflement de la flèche, toutes frémissantes de l'impulsion qu'elles

ont reçue en tombant de si haut; elles rejettent à droite et à gauche,

sur les prairies, les larges flocons d'écume qui les blanchissent

encore, pour aller s'enfoncer en tournoyant sur elles-mêmes dans la

sombre vallée de _Narni_, où elles se rassemblent sous les arches

brisées du _pont d'Auguste_.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 58 / 339 题