Au moment où nous reprenions la plume pour achever avec vous cette
définition de la littérature, un grand deuil littéraire vient tout à
coup attrister la France et l'Europe. Mme Émile de Girardin vient de
s'éteindre dans toute la flamme de son esprit. Le plan de ce cours
familier, et pour ainsi dire dialogué de littérature, ne nous astreint
pas tellement à l'ordre chronologique du génie, qu'il nous soit
interdit de faire de temps en temps des retours sur notre propre
siècle, de parler des oeuvres remarquables qui s'y produisent, des
écrivains d'élite dont les talents le décorent, ni surtout d'y
déplorer la perte de ceux que nous y avons le plus aimés. La
littérature telle que nous la comprenons n'a pas seulement des goûts,
elle a du coeur; et quand le coeur a fait une partie du talent d'un
écrivain, ce n'est pas à la gloire seulement, c'est à la tendresse de
mener son deuil.
L'amitié que nous avons portée depuis tant d'années à Mme de Girardin
a été toujours d'un caractère si fraternel et si littéraire, que les
charmes de sa figure n'ont été pour rien dans notre attrait pour sa
personne, et que, en la pleurant avec amertume comme amie, nous sommes
sûrs de notre impartialité comme écrivain.