Le mot littérature vient du mot _littera_, qui signifie _lettre_. On a
pris ainsi la partie pour le tout.
Les lettres sont des signes qui en se réunissant et en se combinant de
diverses manières, d'après les règles convenues de la grammaire,
forment des mots.
Les mots contiennent des idées.
Les idées contenues dans les mots s'enchaînent d'après les règles
d'une logique intérieure, et forment des phrases ou des sens plus
complets.
Les phrases, en s'enchaînant et en se développant à leur tour,
déroulent un plus grand nombre d'idées, de sentiments ou d'images à
l'esprit, de manière à communiquer plus fortement à celui qui lit ou
qui écoute la pensée ou l'émotion de celui qui lit ou qui parle.
C'est le phénomène moitié matériel, moitié intellectuel, de la
translation de la pensée de l'un dans l'esprit de l'autre, ou de la
pensée d'un seul dans l'esprit de tous.
Ce phénomène de la translation de la pensée de l'esprit de l'un dans
l'esprit de l'autre, était nécessaire dans le plan divin pour que
l'homme pût se communiquer à l'homme.
Sans cette communication de l'homme vivant à l'homme vivant, et de
l'homme mort à l'homme qui naît sur la terre, l'homme serait resté un
être éternellement isolé, le grand sourd et muet des mondes; il y
aurait eu des hommes, il n'y aurait point eu de société humaine, il
n'y aurait point eu d'humanité.
C'est la littérature qui opère ce phénomène de la transmission de
l'âme, non plus d'un homme à un homme, mais d'un siècle à cent autres
siècles. Elle est la répercussion du son, du signe, du mot, de la
pensée, jusqu'à l'infini. C'est l'écho universel et éternel du monde
pensant.
L'homme est un être expressif.