XXXVII.

Et qu'y regretterais-je donc à présent dans cette vie? N'ai-je pas vu

mourir avant moi toutes mes pensées? Ai-je envie d'y chanter encore

d'une voix éteinte des strophes qui finiraient en sanglots? Ai-je

goût pour rentrer dans ces lices politiques qui, fussent-elles

rouvertes, ne reconnaîtraient plus nos accents posthumes? Ai-je un

bien ferme espoir dans ces formes de gouvernement que le peuple

abandonne avec autant de mobilité qu'il les conquiert? Suis-je assez

fou pour croire que je fondrai ou que je taillerai à moi seul en

bronze ou en marbre une statue colossale du genre humain, quand Dieu

n'a donné pour cela aux plus grands statuaires que du sable ou du

limon pour la pétrir? À quoi bon vivre pour ne contempler autour de

soi que les ruines de ce qu'on a construit dans ses pensées? Heureux

les hommes qui meurent à l'oeuvre, frappés par les révolutions

auxquelles ils furent mêlés! La mort est leur supplice, oui, mais elle

est aussi leur asile! Et le supplice de vivre donc, le comptez-vous

pour rien?...

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 40 / 339 题