Cette chambre ressemblait, dans son désordre et dans son chaos, à un
écroulement subit de bibliothèque dont les rayons auraient fléchi sous
le poids des volumes. On eut dit qu'une avalanche de livres épars, les
uns ouverts, les autres fermés, tous couverts de poussière, de brins
de paille, de poils de chèvre, de plumes d'hirondelles, avait couvert
le plancher. Il y en avait jusqu'à la hauteur des genoux. Un étroit
sentier tortueux, tracé évidemment par les pieds du solitaire à
travers ces volumes, conduisait au fond de l'appartement, vers la
partie la plus éclairée par le volet en grillage des pigeons. Là, un
matelas, recouvert de couvertures étendues irrégulièrement aussi sur
une litière mal aplanie de volumes, servait de lit à M. de Valmont;
des livres amoncelés en forme de traversin lui servaient à relever sa
tête comme un oreiller; d'autres volumes marquaient la place des pieds
par un bourrelet de livres qui encadraient cette couche. Sa main, à
son réveil, en s'étendant au hasard, à droite ou à gauche, ne pouvait
tomber que sur des livres. C'était l'homme intellectuel couché sur ses
oeuvres: une litière de pensées humaines sous l'animal pensant!