XXII.

C'était l'habitation d'un vieillard dont j'ai parlé ailleurs, et qu'on

appelait M. de Valmont; les deux soeurs chez lesquelles il habitait

depuis de longues années, sans qu'on lui connût de relation de parenté

avec elles, étaient du pays; elles possédaient pour toute fortune

cette maison, ce jardin, ce verger, et quelques petits champs de vigne

hors de l'enceinte, sur la colline de Bussières.

Tout était mystère dans l'existence de ces trois personnes; le mystère

aiguisait la curiosité, mais cette curiosité ne fut jamais satisfaite.

Nul n'entrait dans cette maison, nul n'en sortait; il n'y avait pas un

voisin ou un paysan du village qui eût échangé en sa vie une parole ou

un salut avec les habitants.

Moi seul je connaissais un peu plus que de vue M. de Valmont, mais non

les deux soeurs; il venait quelquefois à la ville passer une semaine

ou deux de l'hiver; pendant ces courts séjours il rendait visite, en

costume alors très-décent et même recherché, à mon oncle. Cet oncle

était un amateur exquis de sciences et de littérature; il ouvrait sa

maison à tous les hommes distingués de la province.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 25 / 339 题