C'était l'habitation d'un vieillard dont j'ai parlé ailleurs, et qu'on
appelait M. de Valmont; les deux soeurs chez lesquelles il habitait
depuis de longues années, sans qu'on lui connût de relation de parenté
avec elles, étaient du pays; elles possédaient pour toute fortune
cette maison, ce jardin, ce verger, et quelques petits champs de vigne
hors de l'enceinte, sur la colline de Bussières.
Tout était mystère dans l'existence de ces trois personnes; le mystère
aiguisait la curiosité, mais cette curiosité ne fut jamais satisfaite.
Nul n'entrait dans cette maison, nul n'en sortait; il n'y avait pas un
voisin ou un paysan du village qui eût échangé en sa vie une parole ou
un salut avec les habitants.
Moi seul je connaissais un peu plus que de vue M. de Valmont, mais non
les deux soeurs; il venait quelquefois à la ville passer une semaine
ou deux de l'hiver; pendant ces courts séjours il rendait visite, en
costume alors très-décent et même recherché, à mon oncle. Cet oncle
était un amateur exquis de sciences et de littérature; il ouvrait sa
maison à tous les hommes distingués de la province.