XX.

Je me souviens surtout d'un soir d'été où M. de Vaudran, ayant apporté

par hasard avec lui un Platon en grec, le lut en le traduisant à ses

deux amis, jusqu'au moment où le crépuscule manqua sur la dernière

page du _Phédon_, et où les premières étoiles scintillèrent dans le

ciel autour du rocher, comme pour assister du ciel à la mort de

Socrate.

Ces trois hommes, attentifs au récit du juste résigné, essuyant leurs

yeux des larmes de l'admiration et de l'enthousiasme, me faisaient

penser à trois sages d'Athènes, conversant sur la nature et sur Dieu,

assis sous les oliviers de l'Hymète. Ils me rappelèrent bien plus

vivement cette scène, longtemps après, quand, visitant moi-même

Athènes, la colline de l'Acropole, la roche taillée du _Pnyx_ et les

pentes dénudées du _Pentélique_, je reconnus une ressemblance

parfaite entre ces collines rocailleuses de l'Attique et les collines

ruisselantes de pierres de mon pays.

On conçoit quelle vive impression de la littérature de pareilles

scènes, de pareils sites, de telles lectures et de tels entretiens

devaient donner à l'esprit d'un enfant. Ces livres, ainsi feuilletés

et commentés en plein ciel, avec une ardeur continue d'intérêts divers

par ces trois solitaires, me parurent renfermer je ne sais quels

oracles mystérieux que ces sages venaient consulter dans le

recueillement de l'âme et des sens sur ces hautes cimes. L'idée d'un

livre et l'image des trois chaires de pierre sur la montagne devinrent

pour jamais inséparables dans mon esprit. Ces réunions durèrent tout

l'été, jusqu'aux froids de l'automne.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 23 / 339 题