I.

Avant de vous donner la définition de la littérature, je voudrais vous

en donner le sentiment. À moins d'être une pure intelligence, on ne

comprend bien que ce qu'on a senti.

CICÉRON, le plus littéraire de tous les hommes qui ont jamais existé

sur la terre, a écrit une phrase magnifique, à immenses

circonvolutions de mots sonores comme le galop du cheval de Virgile,

sur les utilités et les délices des lettres. Cette belle phrase est

depuis des siècles dans la bouche de tous les maîtres qui enseignent

leur art et dans l'oreille de tous les enfants; je ne vous la

répéterai pas, toute belle qu'elle soit, parce qu'elle ne laisserait

qu'une vaine rotondité de période et une vaine cadence de mots dans

votre mémoire. J'aime mieux vous la traduire en récit, en images et en

sentiments, afin que le récit, l'image et le sentiment la fassent

pénétrer en vous par les trois pores de votre âme: l'intérêt,

l'imagination et le coeur; et afin aussi qu'en voyant comment j'ai

conçu moi-même, en moi, l'impression de ce qu'on appelle littérature,

comment cette impression y est devenue passion dans un âge et

consolation dans un autre âge, vous contractiez vous-même le sentiment

littéraire, ce résumé de tous les beaux sentiments dans l'homme

parvenu à la perfection de sa nature.

Permettez-moi donc un retour intime avec vous sur mes premières et sur

mes dernières années. Je ne professe pas avec vous, je cause, et si

l'abandon de la conversation m'entraîne vers quelques-uns de mes

souvenirs, je ne m'abstiens ni de m'y reposer un moment avec vous, ni

d'allonger le chemin en prenant ces sentiers, quand ces sentiers

ramènent indirectement mais agréablement à la route.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 4 / 339 题