Une légende tenace. L'Amiral Suisse

On sait combien les légendes ont la vie dure! Essayons cependant de

faire bonne justice de l'une d'elles, nous voulons parler de la

plaisanterie légendaire, rebattue et usée de l'amiral suisse, pour

caractériser une fonction impossible ou invraisemblable. Or, c'est, le

croirez-vous, dire une absurdité. Car l'amiral suisse n'a pas toujours

été un mythe, il a bel et bien existé, en chair et en os; et s'il a

disparu, c'est tout simplement que le besoin ne s'en faisait plus

sentir, la fonction abolie, l'organe a tout naturellement cessé

d'exister. Il y a quelques siècles, les cantons qui forment la Suisse,

n'étaient pas réunis comme maintenant en confédération. Ils étaient

séparés et hostiles entre eux. Et ils ne se bornaient pas à être divisés

entre eux, mais étaient, en outre, sans cesse en dispute avec la Savoie.

Autour du lac de Genève, ou plutôt du lac Léman (ceci soit dit pour ne

pas irriter les gens de Lausanne et autres riverains du lac, très

ombrageux à l'endroit de son appellation), les armées de terre étaient

doublées d'armées de mer et de vaisseaux de guerre, qui menaient la

lutte sur l'eau. Berne, Genève, le Valais avaient des bateaux de guerre

ou galères.

Dans une vieille chronique du temps, on retrouve même les noms de

quelques-unes de celles-ci: le Soleil, le Grand-Ours, le Petit-Ours, ces

bateaux portaient chacun une dizaine de canons et 4 à 500 hommes

d'équipage.

A une flotte de guerre, il fallait nécessairement un chef maritime et on

lit, en effet, dans cette même chronique, qu'en 1590, «la République de

Genève nomma un amiral de tout le navigage, qui commandait aux

capitaines des galères et frégates de la flotte genevoise».

L'amiral suisse exista donc. Pas longtemps cependant. Car en 1798, la

flotte suisse n'était plus qu'un souvenir, quand les troupes françaises

envahirent le pays en traversant le lac de Thonon à Ouchy.

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LES CHAMPIGNONS MORTELS

_Comment les reconnaître? Inefficacité du «Blanchissage»_

De recherches faites au laboratoire de cryptogamie de l'Ecole de

pharmacie de Paris, par le professeur Radais et son préparateur M.

Sartory, il ressort que le poison des amanites et des volvaires serait

beaucoup plus fixe qu'on ne le pense généralement; c'est ainsi qu'il se

conserve inaltéré pendant plus d'une année dans la poudre desséchée du

champignon; elles montrent d'autre part qu'une température de 120°,

prolongée pendant dix minutes, ne le détruit pas; enfin que le poison

peut être retenu à l'intérieur des cellules fongiques, d'où il peut être

libéré par une exosmose brutale on par la destruction de la paroi

cellulaire.

Si de nombreuses victimes payent chaque année de leur vie le dangereux

attrait du «plat des Césars», les mycophages ont leurs défenseurs, et

nombreuses (autant qu'inefficaces) sont les recettes plus ou moins

empiriques qui sollicitent l'amateur, pour distinguer du bon le mauvais

champignon, ou simplement annihiler les propriétés toxiques de ce

dernier.

Pourtant, d'après le savant entomologiste J.-H. Fabre, mort récemment,

après une existence presque centenaire, consacrée toute entière aux plus

minutieuses, aux plus pénétrantes et aux plus persévérantes recherches

sur la vie des insectes, il suffirait, pour rendre les champignons

vénéneux inoffensifs de les faire «_blanchir_», c'est-à-dire de les

jeter dans l'eau bouillante, légèrement salée, en achevant le traitement

par quelques lavages à froide. Voici, d'ailleurs, comment il s'exprime

sur ce sujet dans son si intéressant et si attachant ouvrage intitulé

«_Souvenirs_», dont on ne saurait trop recommander la lecture:

«Bien des fois, courant les bois du voisinage, je visite les paniers des

récolteurs et des récolteuses qui, volontiers, me laissent faire. J'y

vois de quoi scandaliser les maîtres en mycologie. J'y trouve

fréquemment le bolet pourpre, classé parmi les plus dangereux; l'agaric

annulaire (_Armillaria mellea Fries_), qualité de _valde venenatus_ par

Persoon, un maître en la matière. C'est même le champignon dont l'emploi

est le plus fréquent, à cause de son abondance, à la base des mûriers

surtout. J'y trouve le bolet satan, dangereux tentateur; le lactaire

zoné, dont l'âcreté rivalise avec le poivre du lactaire mouton;

l'amanite à tête lisse, magnifique coupole blanche, issue d'un ample

volva et frangée sur les bords de ruines farineuses semblables à des

flocons de caséine. L'odeur vineuse et l'arrière-goût de savon devraient

rendre suspecte cette coupole d'ivoire. On n'en tient aucun compte.

«Comment, avec une telle insoucieuse récolte, évite-t-on les accidents?

Dans mon village et bien loin à la ronde, il est de règle de faire

blanchir les champignons, c'est-à-dire de les faire cuire dans l'eau

bouillante légèrement salée. Quelques lavages à l'eau froide achèvent le

traitement. Ils sont alors préparés de telle façon que l'on veut. De la

sorte, ce qui pourrait être dangereux au début devient inoffensif, parce

que l'ébullition et les lavages ont éliminé les principes nocifs.

«Mon expérience personnelle confirme l'efficacité de la méthode rurale.

Très fréquemment, j'ai fait usage, avec ma famille, de l'agaric

annulaire, réputé très vénéneux. Assaini par l'eau bouillante, c'est un

mets dont je n'ai que du bien à dire.

«Un de mes amis, médecin, à qui j'avais fait part de mes idées sur le

traitement par l'eau bouillante, voulut essayer de son côté. Pour le

repas du soir, il choisit l'amanite citrine, de mauvais renom à l'égal

de l'amanite panthère. Tout se passa sans la moindre encombre.

«De ces faits, il résulte qu'une bonne ébullition préalable est la

meilleure sauvegarde contre les accidents occasionnés par les

champignons. Mais c'est là, dira-t-on, une cuisine de sauvage; le

traitement par l'eau bouillante réduira les champignons en purée; il

leur enlèvera tout arôme et toute sapidité. Erreur profonde. Le

champignon supporte très bien l'épreuve. La sapidité n'y perd rien et

l'arôme ne faiblit guère. De plus, la digestibilité s'améliore. Aussi,

dans mon ménage, l'habitude est de soumettre le tout à l'eau bouillante,

même la glorieuse oronge.

«Je suis un profane, il est vrai, un barbare que séduisent peu les

raffinements de la cuisine. Je me croirais dédommagé de mes

persévérantes observations si je parvenais, si peu soit-il, à

populariser la prudente recette provinciale concernant les champignons,

nourriture excellente, et qui fait agréable diversion à la pâtée de

haricots ou de pommes de terre, lorsqu'on sait tourner la difficulté de

la distinction entre l'offensif et le dangereux».

MM. Radais et Sartory ne sont pas de l'avis de Fabre. Tout en

reconnaissant que certains champignons toxiques, et d'ailleurs en

général non mortels, comme la fausse oronge, l'amanite panthère, et

quelques autres, dont le principe toxique est très soluble dans l'eau

bouillante, peuvent devenir inoffensifs par l'opération du

«blanchissage», ils mettent en garde contre l'application générale de ce

procédé, qui peut conduire à des _mécomptes funestes_. Ce procédé serait

notamment insuffisant vis-à-vis des amanites à phalline, et en

particulier de l'amanite phalloïde ou oronge cigüe, la plus toxique de

toutes. Il résulte en effet de leurs expériences que, pour cette

dernière en particulier, le procédé de traitement par l'eau bouillante,

suivi de lavages à l'eau froide, laisse intacte une partie du poison,

qui est énergiquement retenu dans la trame fongique ou dans les

cellules. Quant à la chaleur de l'eau bouillante, elle ne saurait

détruire le poison qui résiste à la température de 120°. Aussi MM.

Radais et Sartory considèrent-ils comme dangereux de répandre dans le

public cette notion, d'ailleurs peu nouvelle mais inexacte, que le

«blanchissage» des champignons à l'eau bouillante peut, dans tous les

cas, les rendre inoffensifs. En résume, elle n'est pas plus fondée, dit

M. Guignard, en terminant, que celle qui repose sur l'efficacité de la

pièce ou de la cuiller d'argent. La moindre réflexion suffit à prouver

que la croyance à toutes ces prétendues recettes n'est qu'un absurde et

dangereux préjugé. La cuiller d'argent ou la pièce de monnaie

noircissent toujours lorsqu'on les soumet au contact de l'hydrogène

sulfuré, que ce gaz malodorant soit dégagé par du jaune d'oeuf, par des

champignons comestibles un peu vieux, ou même par de la viande un peu

faisandée; l'argent reste brillant, au contraire, en présence de toute

matière ne dégageant pas d'hydrogène sulfuré, telle que les champignons

frais et récemment cueillis, fussent-ils les plus redoutables qui

existent.

Quant à l'oignon, il n'est pas une cuisinière qui ne sache qu'on peut le

faire demeurer blanc ou le brunir à volonté, suivant qu'on le laisse ou

non manquer de beurre pendant la cuisson. Enfin les insectes, les vers,

les limaces s'attaquent à tous les champignons indistinctement, et ne

paraissent nullement incommodés par la consommation des espèces les plus

dangereuses pour l'homme.

_Donc, il n'existe aucune recette, aucun procédé permettant de

reconnaître si un champignon est comestible ou vénéneux._

Si l'on désire en consommer sans danger, il faut apprendre à «connaître

parfaitement» les caractères et les propriétés des espèces les plus

communes et les plus abondantes, dans la région qu'on habite et s'en

tenir à la consommation de celles-là. On apprend bien à différencier le

persil de la ciguë. Pourquoi ne s'appliquerait-on pas à reconnaître,

sans erreur possible, les cinq à six--car il n'y en a pas

plus--catégories de champignons mortels?

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Bulletin de Lille, 1916.05 publié sous le contrôle de l'autorité allemande · 第 88 / 126 题