CHRONIQUE LOCALE

Le 10 mai, vers 1 h. 15 du soir, un commencement d'incendie s'est

déclaré rue des Tours, 40, chez M. Naessens, marchand de meubles. Le

feu, qui a pris naissance dans la cave, a été éteint à l'aide de

quelques seaux d'eau. Dégâts insignifiants.

Le 15 mai, vers 3 heures du soir, le jeune Ver Ecke Jean, âgé de 4 ans,

demeurant rue des Sarrazins, 96, a eu le doigt majeur de la main droite

écrasé par la porte de l'estaminet, même rue, 25, qu'une personne

imprudente a fermée, sans avoir aperçu l'enfant.

Même date, vers 7 heures, rupture d'un fil de trolley, rue des Postes,

en face du nº 266.

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Pourquoi dormons-nous?

_Quelle est la meilleure position à adopter pour dormir?_

Pourquoi dormons-nous et pourquoi le tiers de notre existence se

passe-t-il dans l'inconscience du sommeil? Telle est, la question

traitée dans un important ouvrage sur le _Problème physiologique du

sommeil_, dû à M. H. Piéron, physiologiste distingué, où l'auteur se

livre à un examen critique des diverses théories en présence, pour

expliquer le sommeil: théorie physiologique, théorie du neurone, théorie

toxique, etc.

On ne dort pas nécessairement parce que fatigué. Nous avons tous éprouvé

qu'un effort physique considérable, provoque plus aisément l'insomnie

que le sommeil. D'autre part, l'entraînement, l'habitude, jouent un rôle

important dans la question, comme nous pouvons tous le voir: les uns

parce que farcis d'habitudes, les autres parce que totalement dépourvus

de celles-ci; les uns accoutumés à dormir beaucoup, et d'autres à dormir

très peu. Un fait curieux, et très certain, est, qu'en somme, on dort

beaucoup par désintérêt. Tant de gens dorment en omnibus et en Métro,

parce qu'on s'y ennuie cordialement à ne rien voir de neuf, surtout dans

le dernier. L'esprit n'est point stimulé par le paysage, par la vie, par

le mouvement: rien ne l'intéresse, il se met en boule et dort.

Et un fait de la plus grande importance physiologique est que l'animal

meurt plus vite de la privation artificielle de sommeil--une bien

cruelle expérience, car on ne peut empêcher la victime d'en sentir toute

la souffrance--que de la privation de nourriture. C'est donc que la

fonction du sommeil est plus importante encore que celle de la

nutrition.

Pourtant, on ne voit rien de très significatif dans le fonctionnement de

l'organisme durant le sommeil. Le coeur se ralentit, les vaisseaux se

dilatent, la pression artérielle diminue, la respiration se ralentit et

les échanges sont réduits: le tube digestif et le rein continuent leur

besogne. On ne voit rien dans tout cela qui explique l'importance du

sommeil. Il faut bien dire, aussi, que la plupart des théories du

sommeil sont insuffisantes.

On dort par anémie cérébrale, disent les uns. Non pas, crient d'autres:

par congestion cérébrale. La vérité n'est ni à droite, ni à gauche.

D'autres, restés fidèles à la théorie du neurone, et des prolongements

mobiles de cellules cérébrales, capables de s'allonger et de se

rétracter, et aussi d'établir et de supprimer le contact avec les

cellules voisines, supposent que, lors du sommeil, les prolongements se

rétractent et suppriment les communications. Seulement, personne n'a vu

ces prolongements se raccourcir.

L'organisme qui a besoin de sommeil, serait-il plus ou moins appauvri en

telle ou telle substance provenant d'une glande à sécrétion interne? Ou

bien serait-il empoisonné par une accumulation de déchets, de toxines?

Mais des faits bien connus sont opposés à ces interprétations. Les

changements observés peuvent être la conséquence, aussi bien que la

cause du sommeil. Et d'autres objections se dressent et se pressent

contre les diverses hypothèses.

Celle qui se tiendrait le mieux, à l'heure présente, de l'avis de ceux

qui s'occupent de la question, serait la théorie dite biologique,

formulée il y a quelques années par M. Claparède.

D'après cette théorie, le sommeil serait non pas seulement un repos, un

arrêt de fonctionnement de l'organisme, mais une fonction active et de

défense.

Le besoin du sommeil se ferait sentir, non quand celui-ci est devenu

impérieux, mais plus tôt, avant d'être devenu une nécessité absolue: le

besoin de sommeil serait un instinct, survenant comme la plupart des

instincts sous l'influence de l'intérêt du moment.

Contre quoi cet instinct nous protégerait-il? C'est la question que

s'est posée M. H. Piéron, et le résultat des expériences qu'il a faites

sur des malheureux animaux, à qui il rendait le sommeil impossible, a

été la démonstration des méfaits de l'insomnie prolongée. L'insomnie tue

les animaux au bout d'une dizaine de jours, et elle les tue par des

lésions cérébrales évidentes. Leur état, vers la fin, est pitoyable: ils

ne peuvent plus garder les yeux ouverts, l'attention n'existe plus chez

eux, les pattes fléchissent sans cesse; ils sont harassés, exténués. Si

l'on prolonge cette cruelle épreuve, la bête meurt d'épuisement, mais si

on la laisse dormir, elle tombe dans un sommeil profond et prolongé d'où

elle sort reposée et rétablie. Les lésions cellulaires se sont réparées

et l'organisme est redevenu normal.

Ces lésions sont dues à une intoxication. Ce qui le prouve, c'est qu'en

injectant le sang de l'animal épuisé par l'insomnie à un animal normal,

on provoque aussitôt chez celui-ci les symptômes que présente le

premier. Les symptômes, et aussi les lésions cérébrales.

Chez l'animal soumis à la torture de l'insomnie, il se fait ou

s'accumule dans le sang une substance de nature encore indéterminée, qui

provoque le besoin de dormir, et aussi les lésions cérébrales de

l'insomnie.

On dormirait, en somme, pour défendre l'organisme contre la formation et

l'accumulation d'une substance toxique produite durant la veille, on ne

sait où et on ne sait comment, substance dont on ne sait à peu près rien

pour le moment.

Bien évidemment M. H. Piéron ne résout point le problème du sommeil,

mais la théorie qu'il en esquisse est intéressante. Il s'agirait,

maintenant, d'entreprendre l'étude du sommeil, au point de vue chimique,

pour se faire une idée de la nature de la substance toxique, de

l'endroit où elle peut prendre naissance, et du mécanisme présidant à sa

genèse. Il y a encore de quoi s'occuper avec le sommeil.

Les avis ne sont pas moins partagés sur la question de savoir _comment

on doit dormir_, autrement dit, quel est le _decubitus_ le plus

favorable à adopter pour s'assurer un repos bien réparateur,

c'est-à-dire ininterrompu.

Voici, sur cette question, quelques opinions entre cent:

Un auteur du XVIe siècle, de Calviac, édicté ce précepte: «Il ne faut

pas, dit-il, se coucher à l'envers, ni au contraire la face contre le

lict, mais de costé, parce que cela est plus sain».

Loys Guyon, dans ses «Leçons de civilité», consacre un chapitre à la

situation qu'on doit tenir pendant qu'on dort, tant pour la civilité que

pour la santé. «On doit, écrit-il, dormir sur le côté droit au premier

sommeil, afin que la viande descende au fond de l'estomach. Puis, au

second sommeil, ayant demeuré quelque quatre heures ou environ sur le

dit côté droit, on se doit retourner sur le gauche, afin que le foye se

pause et estende mieux sur l'estomach... Le dormir sur le ventre ne vaut

rien. Le dormir sur le dos engendre pierre et sable. Il est malsain de

dormir les yeux ouverts, ou la bouche ouverte. Parler et ronfler de nuit

est une très grande incivilité».

Sur quoi, l'auteur donne une recette pour s'empêcher de ronfler, et

termine en invitant «les parents et les pédagogues à contraindre les

enfants encore tendrelets à se coucher en honneste situation. Outre que

c'est chose salubre, c'est aussi grande civilité, et d'estre mauvais

coucheur, j'en ay vu advenir beaucoup de débats et querelles, et souvent

entre le mari et la femme».

Mais en cette matière, comme en beaucoup d'autres, relatives à la vie

courante, l'instinct de chacun n'est-il pas un guide plus sûr que toutes

les théories? C'est à proprement parler une question d'espèce, comme on

dit au Palais. Chacun adopte, spontanément, ou après un petit nombre de

tâtonnements, le _decubitus_ le plus favorable à une bonne nuit. Les

réveils intempestifs au cours du sommeil, sont souvent dus à une fausse

position prise involontairement en dormant, d'où résultent des troubles

passagers et locaux dans la circulation et la respiration, qui finissent

par prendre assez d'importance pour provoquer le réveil. On fera donc

bien d'éviter de prendre le soir, avant de se coucher, tout excitant

capable de provoquer des versions pendant le sommeil.

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Bulletin de Lille, 1916.05 publié sous le contrôle de l'autorité allemande · 第 87 / 126 题