Le roi a supprimé cette charge,
et s'en est réservé la fonction tout
entière, et s'est chargé par ce moyen
d'un travail de trois heures par jour
l'un portant l'autre, dont il s'est
admirablement acquitté.
Le roi a supprimé les affaires
extraordinaires, et augmenté
prodigieusement ses revenus ordinaires.
Le roi a diminué les tailles de
huit millions de livres en deux années
(1661 et 1662).
Le roi travaille à enrichir les
peuples par la diminution des
impositions.
A s'enrichir soi-même pour pouvoir
ensuite faire des grâces.
Le roi leur a retranché toutes
ces superfluités et a fait passer,
pour ainsi dire, toute abondance en
ses maisons, qui sont à présent dignes
de Sa Majesté, non-seulement
par leurs bâtiments, mais encore
par les meubles, l'argenterie et autres
ornements.
Le roi a relevé les beaux-arts,
leur a donné sa protection tout
entière et en même temps les a
employé pour lui, ce qui les a
fait refleurir en peu de temps.
Le roi les a retirés de cette disgrâce,
leur a donné sa protection
tout entière, et par le moyen des
pensions qu'il donne à tous les savants,
il y a lieu d'espérer que les
lettres seront plus florissantes sous
son règne qu'elles n'ont encore
été.
Le roi a augmenté ses revenus
jusqu'à cinquante millions
de livres en seize mois de temps.
Le roi a mis dix-huit vaisseaux
en mer jusqu'en juin 1662, et, le
reste de l'année, six. Sa Majesté a
assemblé, avec un soin et une dépense
incroyables, assez de chiourmes
pour mettre, en 1662, six galères
en mer, et d'autres sur les
côtes de Provence.
Sa Majesté en a fait un de ses
principaux soins, et a donné une
telle protection qu'elle a vu un nombre
considérable du vaisseaux se
bâtir de nouveau.
Le roi, dès les premiers temps de
l'année commencée, a donné ordre
à toutes les dépenses principales,
de sorte qu'il n'a plus été nécessaire
d'y penser tout le reste de l'année.
Le roi n'a plus donné un sou de
remise ni d'intérêt depuis qu'il a
pris soin de ses finances.
Le roi s'est mis dans une si grande
réputation d'abondance d'argent
après l'affaire de Dunkerque[1663], que
toute l'Europe a craint l'achat de
terres, de places et de tous les États
qui pourroient être à sa bienséance.
Ce parallèle, ajoute Colbert, pourroit être continué à l'infini; mais,
pour l'abréger, il suffira de dire qu'il a fait (chose incroyable et
même impossible dans la nature) passer en si peu de temps un État comme
celui-ci, dans une matière si délicate et si importante que celle des
finances, d'une extrémité de corruption au plus excellent degré de
perfection qui se puisse imaginer, et toutefois c'est l'ouvrage d'un
jeune prince de vingt-trois à vingt-quatre ans.»