SEPTEMBRE 1661.

Les finances étoient régies par le

surintendant seul avec une autorité

souveraine, dont étoient provenus

tous les désordres.

Les manières pour la conduite des

finances étoient de faire et défaire

sans cesse, négliger les revenus

ordinaires et faire des affaires

extraordinaires[1662]

Les impositions sur les peuples en

milles et droits sur les fermes étoient

augmentées en toute rencontre.

Les surintendants ne pensoient

qu'à appauvrir les peuples en augmentant

les impositions.

S'enrichir eux-mêmes, leurs parents,

leurs amis et une trentaine

de gens d'affaires.

Les bâtiments, les meubles, l'argent

et autres ornements n'étoient

que pour les gens de finance et les

traitants, auxquels ils faisoient des

dépenses prodigieuses, tandis que

les bâtiments de Sa Majesté étoient

bien souvent retardés par le défaut

d'argent; que les maisons royales

n'étoient point meublées, et qu'il

ne se trouvoit pas même une paire

de chenets d'argent pour la chambre

du roi.

Tous les beaux-arts n'étoient employés

que par les partisans traitants,

qui n'avoient ni le goût de

ces belles choses ni assez de force

pour les pouvoir soutenir par leur

protection.

Les auteurs et tous les savants

couroient risque de tomber en cette

nécessité de n'avoir à louer que la

corruption.

Les revenus étoient réduits à

vingt et un millions de livres; encore

étoient-ils consommés pour

près de deux années.

La marine étoit entièrement perdue

et ruinée, soit pour les vaiseaux,

soit pour les galères, n'ayant

été mis en mer aucune galère depuis

près de dix ans, ni plus de deux

vaisseaux.

L'on n'avoit jamais pensé au commerce

dans le royaume.

Les dépenses de l'État pour les

troupes, maisons royales et autres,

n'étoient jamais faites qu'après un

long retard et donnoient une occupation

perpétuelle à tous les gens

de finance pour toute l'année.

L'on consommoit en remises et

intérêts vingt millions de livres.

Toute la France et l'Europe

voyoient toujours le roi dans une

prodigieuse nécessité, ne subsistant

que sur le crédit des partisans

et ne pouvant jamais faire de dépense

extraordinaire.

Mémoires sur la vie publique et privée de Fouquet, surintendant des finance et sur son frère l'abbé Fouquet · 第 206 / 211 题