MORT DE FOUQUET--ANALYSE DE LA DISSERTATION DE PAROLETTI. (Voyez
ci-dessus, p. 462-463)
M. Modeste Paroletti a publié à Turin, en 1812, une dissertation
intitulée: _Sur la mort du surintendant Fouquet, Notices recueillies à
Pignerol_[1647]. Après avoir rappelé sommairement le ministère et la
disgrâce de Fouquet, l'auteur arrive à son emprisonnement et à sa mort à
Pignerol, qui sont le but principal de ses recherches[1648]. Il nous
apprend que la citadelle de Pignerol fut démantelée en 1696, et que l'on
peut à peine reconnaître aujourd'hui l'endroit ou s'élevaient le donjon
et les remparts. Afin de retrouver les actes relatifs à la mort de
Fouquet, M. Paroletti fit des recherches dans les registres mortuaires
des diverses paroisses de Pignerol; mais il n'y trouva pas le nom de
Fouquet. Il examina ensuite les inscriptions funéraires, et parcourut
les églises et les sépultures, sans rencontrer aucune trace du
surintendant. Ce fut seulement en étudiant les anciens registres des
notaires de Pignerol qu'il commença à découvrir quelques indices
relatifs à Fouquet. Deux documents de l'année 1679 établissaient que
Marie-Madeleine de Castille, épouse séparée de messire Nicolas Fouquet,
ministre d'État, ci-devant surintendant des finances, accompagnée de son
fils, Charles-Armand Fouquet, clerc du diocèse de Paris[1649], était
venue à Pignerol en 1679, et que ces deux personnes avaient logé dans la
maison du sieur Fenouil jusqu'en 1680. Les deux actes cités par M.
Paroletti sont relatifs à des procurations données par le jeune Fouquet
et par sa mère à leurs représentants. M. Paroletti conclut avec raison
de ces deux actes que Fouquet ne serait pas sorti de prison vers 1674,
comme on avait prétendu l'induire des Mémoires de Gourville[1650].
M. Paroletti (p. 16-17) analyse un troisième acte notarié, en date du 27
janvier 1680, environ deux mois avant la mort de Fouquet, qui contient
une procuration donnée par madame Fouquet à M. Jean Despineux, à Paris,
pour obtenir le remboursement de quelques rentes sur l'Hôtel de Ville.
Cette procuration fut reçue par le notaire Lanteri, au donjon de la
citadelle de Pignerol. D'où résulte qu'à cette époque Fouquet y était
encore emprisonné, et que sa famille y habitait avec lui.
Il est probable que la permission d'aller aux eaux de Bourbon, dont
parle Bussy-Rabutin (ci-dessus, p. 463), arriva en février ou en mars,
et que Fouquet, dont la santé était depuis longtemps affaiblie, mourut
avant de pouvoir en profiter. Comme on avait connu, à Paris,
l'autorisation accordée à Fouquet, Gourville a avancé qu'il était sorti
de prison avant sa mort. Il aurait fallu dire, si l'on cherchait une
précision de langage dont Gourville s'est peu inquiété, qu'_il avait
obtenu avant sa mort la permission de sortir de prison_.
M. Paroletti, ne voulant négliger aucun genre d'information, recueillit
tout ce que la tradition a conservé à Pignerol relativement à Fouquet
(p. 17, 18 et 19). Beaucoup d'habitants de Pignerol se souvenaient
d'avoir entendu dire, dans leur jeunesse, qu'un personnage de grande
importance avait terminé sa vie dans la citadelle. «De ces individus,
ajoute M. Paroletti (p. 18), il en est quelques-uns qui confondent ce
personnage avec _l'homme au masque de fer_, qui certainement n'est
jamais venu à Pignerol; mais il en est d'autres qui savent positivement
que ce personnage était un ministre d'État. Une des ci-devant
religieuses du couvent de Sainte-Claire conserve le souvenir d'un récit
entendu dans sa jeunesse sur la visite de quelques officiers à ce
monastère, pour y examiner une inscription sépulcrale, et recueillir des
notices sur un prisonnier d'État décédé au donjon de la citadelle. Le
secrétaire de la mairie se souvient d'avoir appris de son devancier, que
des officiers étaient venus, il y a cinquante ans[1651], rechercher,
dans le couvent des Feuillants, des Mémoires sur la vie de M. Fouquet.
C'étaient les moines de ce couvent, tous Français à cette époque, qui
prenaient soin des prisonniers d'État détenus à la citadelle.»
M. Paroletti termine en citant les lettres de Bussy-Rabutin et de madame
de Sévigné, dont nous avons donné des extraits (ci-dessus, p. 463). Il
conclut (p. 20) en adoptant l'opinion qui fait mourir Fouquet dans le
donjon de Pignerol, vers le milieu du mois de mars 1680; il ajoute «que
sa mort a dû être connue à Paris vers le 24 ou le 25 de ce mois; que son
corps a été probablement déposé dans les caveaux de l'église de Sainte
Claire, jusqu'à ce qu'il fût transporté à Paris, pour être déposé dans
le tombeau de sa famille; enfin que la suppression du couvent de
Sainte-Claire, les changements survenus dans l'église et la dispersion
des papiers appartenant à ce monastère, sont la cause probable du manque
d'indications touchant la mort et la sépulture de M. Fouquet.»
Une inscription, placée derrière un portrait de Fouquet, que possède M.
H. de Vielcastel, porte que Fouquet est mort à Paris, le 22 mars 1680.
Cette note, dont on ignore et la date et l'auteur, ne saurait prévaloir
sur les témoignages contemporains que nous avons mentionnés.