VII

INFLUENCES EXERCÉES SUR LES MEMBRES DE LA CHAMBRE DE JUSTICE PENDANT LE

PROCÈS DE FOUQUET.

Les ministres, et surtout Colbert, ne cessèrent, pendant le procès de

Fouquet, d'exercer sur les juges une pression dont nous avons cité de

nombreuses preuves; mais l'opinion publique, les prières de la famille,

et quelquefois même les sollicitations des seigneurs et des princes ne

furent pas moins vives, et eurent plus d'influence sur les membres de la

Chambre. Olivier d'Ormesson, qui n'est pas disposé à exagérer ces

influences opposées aux vÅ“ux de la cour, en parle cependant dans son

_Journal_[1608].

«Le fils de M. de Pontchartrain ayant vu les différents sentiments du

public sur mon avis et celui de M. de Sainte-Hélène et de M. Pussort, se

mit à genoux devant son père pour le conjurer de ne pas se déshonorer et

toute sa famille par un avis de mort, et lui dit qu'il étoit résolu de

quitter sa robe si ce déplaisir lui venoit. M. Hérault, qui avoit dit à

plusieurs qu'il ne retourneroit point dans sa province (la Bretagne) les

mains sanglantes, et qu'après avoir entendu mon avis, il en étoit

convaincu, changea néanmoins et conclut à la mort, parce que M. d'Arbon,

commis de M. le Tellier, y fut quatre fois, la veille, le presser et

l'intimider, de sorte qu'il ne le quitta pas qu'il ne lui eût donné

parole de suivre l'avis de M. de Sainte-Hélène.

«L'on impute à M. le Prince[1609] l'avis de M. de la Toison: on dit

qu'il lui envoya Guitaut, et l'obligea de lui donner sa parole pour M.

Fouquet. Je ne sais si cette sollicitation est véritable; mais je sais

fort bien certainement, d'une personne sûre, qui me l'a dit depuis le

procès jugé, que, dès le voyage de Fontainebleau[1610], M. le Prince

avoit témoigné des sentiments très-favorables à M. Fouquet. Je sais

encore que, dans la Bourgogne, tous les bons juges de M. de

Marillac[1611] sont en estime, et que les autres, même leurs enfants,

sont en horreur, et que M. de la Toison ne vouloit pas se déshonorer

dans sa province.

«L'on dit que M. de Lesdiguières avoit gagné M. de la Baulme, et même M.

de Bessemaux[1612], chez qui il loge, parce que, du vivant de M. le

cardinal, il étoit le confident de M. Fouquet. A quoi je ne vois pas

d'apparence, Bessemaux étant dévoué au siècle présent. L'on dit aussi

que les enfants[1613] de M. Catinat lui ont parlé fort honnêtement, et

il s'étoit conduit sur cette affaire avec tant de réserve qu'il étoit

mis au nombre des douteux.»

Mémoires sur la vie publique et privée de Fouquet, surintendant des finance et sur son frère l'abbé Fouquet · 第 184 / 211 题