Après avoir retracé en détail tous les incidents du procès de Fouquet,
Olivier d'Ormesson le résume dans le passage suivant: «Voilà ce grand
procès fini, qui a été l'entretien de toute la France du jour qu'il a
commencé jusques au jour qu'il a été terminé. Il a été grand bien moins
par la qualité de l'accusé et l'importance de l'affaire que par
l'intérêt des subalternes, et principalement de Berryer, qui y a fait
entrer mille choses inutiles, et tous les procès-verbaux de l'Épargne,
pour se rendre nécessaire, le maître de toute cette intrigue, et avoir
le temps d'établir sa fortune; et, comme par cette conduite il agissoit
contre les intérêts de M. Colbert, qui ne demandoit que la fin et la
conclusion, et qu'il trompoit dans le détail de tout ce qu'il faisoit,
il ne manquoit pas de rejeter les fautes sur quelqu'un de la Chambre:
d'abord ce fut sur les plus honnestes gens de la Chambre qu'il rendit
tous suspects, et il les fit maltraiter par des reproches publics du
roi.
«Ensuite il attaqua M. le premier président, et le fit retirer de la
Chambre et mettre en sa place M. le chancelier. Après il fit imputer
toute la mauvaise conduite de cette affaire à M. Talon, qu'on ôta de la
place de procureur général avec injure; et enfin, la mauvaise conduite
augmentant, les longueurs affectées par lui continuant, il en rejeta
tout le mal sur moi; il me fit ôter l'intendance de Soissons; il obligea
M. Colbert à venir faire à mon père des plaintes de ma conduite, et
enfin l'expérience ayant fait connoître qu'il étoit la véritable cause
de toutes les fautes, et les récusations ayant fait voir ses faussetés,
les procureurs généraux Hotman et Chamillart lui firent ôter
insensiblement tout le soin de cette affaire, et, dans les derniers six
mois, il ne s'en mêloit plus, et pour conclusion il est devenu fol.
«Ainsi le procès s'est terminé, et je puis dire que les fautes
importantes dans les inventaires, les coups de haine et d'autorité qui
ont paru dans tous les incidents du procès, les faussetés de Berryer et
le mauvais traitement que tout le monde et même les juges recevoient
dans leur fortune particulière, ont été de grands motifs pour sauver M.
Fouquet de la peine capitale; et la disposition des esprits sur cette
affaire a paru par la joie publique que les plus grands et les plus
petits ont fait paroître du salut de M. Fouquet, jusqu'à tel excès qu'on
ne le peut exprimer, tout le monde donnant des bénédictions aux juges
qui l'ont sauvé, et à tous les autres des malédictions et toutes les
marques de haine et de mépris, les chansons contre eux commençant à
paroître, et je suis surpris que, y ayant quinze jours passés que cette
histoire est finie, le discours n'en finit point encore, et l'on en
parle par toutes les compagnies comme le premier jour.»