RÉSUMÉ DU PROCÈS DE FOUQUET, PAR OLIVIER D'ORMESSON[1607].

Après avoir retracé en détail tous les incidents du procès de Fouquet,

Olivier d'Ormesson le résume dans le passage suivant: «Voilà ce grand

procès fini, qui a été l'entretien de toute la France du jour qu'il a

commencé jusques au jour qu'il a été terminé. Il a été grand bien moins

par la qualité de l'accusé et l'importance de l'affaire que par

l'intérêt des subalternes, et principalement de Berryer, qui y a fait

entrer mille choses inutiles, et tous les procès-verbaux de l'Épargne,

pour se rendre nécessaire, le maître de toute cette intrigue, et avoir

le temps d'établir sa fortune; et, comme par cette conduite il agissoit

contre les intérêts de M. Colbert, qui ne demandoit que la fin et la

conclusion, et qu'il trompoit dans le détail de tout ce qu'il faisoit,

il ne manquoit pas de rejeter les fautes sur quelqu'un de la Chambre:

d'abord ce fut sur les plus honnestes gens de la Chambre qu'il rendit

tous suspects, et il les fit maltraiter par des reproches publics du

roi.

«Ensuite il attaqua M. le premier président, et le fit retirer de la

Chambre et mettre en sa place M. le chancelier. Après il fit imputer

toute la mauvaise conduite de cette affaire à M. Talon, qu'on ôta de la

place de procureur général avec injure; et enfin, la mauvaise conduite

augmentant, les longueurs affectées par lui continuant, il en rejeta

tout le mal sur moi; il me fit ôter l'intendance de Soissons; il obligea

M. Colbert à venir faire à mon père des plaintes de ma conduite, et

enfin l'expérience ayant fait connoître qu'il étoit la véritable cause

de toutes les fautes, et les récusations ayant fait voir ses faussetés,

les procureurs généraux Hotman et Chamillart lui firent ôter

insensiblement tout le soin de cette affaire, et, dans les derniers six

mois, il ne s'en mêloit plus, et pour conclusion il est devenu fol.

«Ainsi le procès s'est terminé, et je puis dire que les fautes

importantes dans les inventaires, les coups de haine et d'autorité qui

ont paru dans tous les incidents du procès, les faussetés de Berryer et

le mauvais traitement que tout le monde et même les juges recevoient

dans leur fortune particulière, ont été de grands motifs pour sauver M.

Fouquet de la peine capitale; et la disposition des esprits sur cette

affaire a paru par la joie publique que les plus grands et les plus

petits ont fait paroître du salut de M. Fouquet, jusqu'à tel excès qu'on

ne le peut exprimer, tout le monde donnant des bénédictions aux juges

qui l'ont sauvé, et à tous les autres des malédictions et toutes les

marques de haine et de mépris, les chansons contre eux commençant à

paroître, et je suis surpris que, y ayant quinze jours passés que cette

histoire est finie, le discours n'en finit point encore, et l'on en

parle par toutes les compagnies comme le premier jour.»

Mémoires sur la vie publique et privée de Fouquet, surintendant des finance et sur son frère l'abbé Fouquet · 第 183 / 211 题