ENVOI

Reine des cÅ“urs, objet délicieux,

Que suit l'enfant qu'on adore en des lieux

Nommés Paphos, Amathonte et Cythère,

Vous qui charmez les hommes et les dieux,

En puissiez-vous dans cent ans autant faire!

Ce fut Pellisson qui donna la quittance du quartier de rente payé par la

Fontaine. Il la fit en vers et en double expédition; l'une est une

quittance publique par-devant notaire, et l'autre une quittance sous

seing privé. Voici la première:

Par-devant moi, sur Parnasse notaire,

Se présenta la reine des beautés

Et des vertus le parfait exemplaire,

Qui lut ces vers, puis les ayant comptés,

Pesés, revus, approuvés et vantés,

Pour le passé voulut s'en satisfaire;

Se réservant le tribut ordinaire,

Pour l'avenir, aux termes arrêtés.

Muses de Vaux, et vous leur secrétaire,

Voilà l'acquit tel que vous souhaitez.

En puissiez-vous dans cent ans autant faire!

La quittance sous seing privé continue ces jeux d'esprit:

De mes deux yeux, ou de mes deux soleils,

J'ai lu vos vers, qu'on trouve sans pareils,

Et qui n'ont rien qui ne me doive plaire.

Je vous tiens quitte et promets vous fournir

De quoi partout vous le faire tenir,

Pour le passé, mais non pour l'avenir.

En puissiez-vous dans cent ans autant faire!

Le second terme, celui d'octobre, commence à peser à la Fontaine. Il

aimait avec délices le sommeil et la paresse; il ne rimait qu'à ses

heures et sur des sujets de son choix. La contrainte lui était odieuse;

il me semble qu'elle se trahit dans la ballade qu'il adressa à Fouquet

pour son nouveau payement. Il y a toujours de la finesse et de la

malice; mais, si je ne me trompe, on y sent l'effort:

Trois fois dix vers, et puis cinq d'ajoutés,

Sans point d'abus, c'est ma tâche complète;

Mais le mal est qu'ils ne sont pas comptés:

Par quelque bout il faut que je m'y mette.

Puis, que jamais ballade je promette!

Dussé-je entrer au fin fond d'une tour.

Nenni, ma foi, car je suis déjà court;

Si que je crains que n'ayez rien du nôtre;

Quand il s'agit de mettre une œuvre au jour.

Promettre est un, et tenir est un autre.

Sur ce refrain, de grâce, permettez

Que je vous conte en vers une sornette.

Colin, venant des Universités,

Promit un jour cent francs à Guillemette.

De quatre-vingts il trompa la fillette,

Qui, de dépit, lui dit, pour faire court:

Vous y viendrez cuire dans notre four!

Colin répond, faisant le bon apôtre:

Ne vous fâchez, belle, car en amour

Promettre est un, et tenir est un autre.

Sans y penser, j'ai vingt vers ajustés,

Et la besogne est plus qu'à demi faite.

Cherchons-en treize encor de tous côtés,

Puis ma ballade est entière et parfaite.

Pour faire tant que l'ayez toute nette,

Je suis en eau, tant que j'ai l'esprit lourd;

Et n'ai rien fait, si par quelque bon tour

Je ne fabrique encore un vers en _ôtre_;

Car vous pourriez me dire à votre tour:

Promettre est un, et tenir est un autre.

Mémoires sur la vie publique et privée de Fouquet, surintendant des finance et sur son frère l'abbé Fouquet · 第 107 / 211 题