Cette nuit-là même, car il y a des temps de bouleversement et de
désordre où vingt-quatre heures suffisent pour embrasser plus
d'événements émouvants qu'une vie tout entière, cette nuit-là même
M. Haredale, ayant garrotté son prisonnier, avec l'aide du petit
sacristain, le força à monter sur son cheval jusqu'à Chigwell,
afin de s'y procurer un moyen de transport pour l'emmener à
Londres devant un juge de paix. Il ne doutait pas qu'en
considération des troubles dont la ville était le théâtre, il
n'obtint aisément de le faire mettre en prison provisoirement
jusqu'au point du jour, car il n'y aurait pas eu de sécurité à le
déposer au corps de garde ou au violon. Et, quant à conduire un
prisonnier par les rues, lorsque l'émeute en était maîtresse, ce
ne serait pas seulement une témérité puérile, ce serait un défi
imprudent jeté à la populace. Laissant au sacristain le soin de
conduire son cheval par la bride, il ne quittait pas l'assassin,
et c'est dans cet ordre qu'ils traversèrent le village au beau
milieu de la nuit.
Tout le monde y était encore sur pied, car chacun avait peur de se
voir incendier dans son lit, et cherchait à se réconforter par la
compagnie de quelques autres, en veillant en commun. Quelques-uns
des plus braves s'étaient armés et réunis ensemble sur la pelouse.
C'est à eux que M. Haredale, qui leur était bien connu, s'adressa
d'abord, leur exposant en deux mots ce qui était arrivé, et les
priant de l'aider à transporter à Londres le criminel avant le
point du jour.
Mais il n'y avait pas de danger qu'il s'en trouvât un qui eût le
courage de l'aider seulement du bout du doigt. Les émeutiers, en
passant par le village, avaient menacé de leurs vengeances les
plus atroces quiconque lui porterait secours pour éteindre le feu
et lui rendrait le moindre service, aussi bien qu'à tout autre
catholique. Ils étaient allés jusqu'à les menacer dans leur vie et
leurs propriétés. S'ils s'étaient rassemblés, c'était pour veiller
à leur propre conservation, mais ils n'avaient pas envie de se
risquer à lui prêter main-forte. C'est ce qu'ils lui déclarèrent,
avec quelque hésitation accompagnée de l'expression de leurs
regrets, en se tenant à l'écart au clair de la lune, et en jetant
de côté un regard craintif sur le lugubre cavalier, qui se tenait
là, la tête penchée sur sa poitrine et son chapeau rabattu sur ses
yeux, sans remuer et sans dire un mot.
Voyant qu'il était impossible de leur faire entendre raison, et
désespérant de les convaincre après les exemples qu'ils avaient
vus des furieuses vengeances de la multitude, M. Haredale les pria
au moins de le laisser agir lui-même librement et prendre la seule
chaise de poste et la seule paire de chevaux qui se trouvassent
dans le bourg à sa disposition. Ce ne fut pas sans difficulté
qu'ils y consentirent: pourtant ils finirent par lui dire de faire
ce qu'il voudrait, pourvu qu'il les quittât le plus promptement
possible, au nom du bon Dieu.
Laissant le sacristain à la tête du cheval, il sortit la chaise en
la faisant rouler de ses propres mains, et il allait mettre aux
chevaux les harnais, lorsque le postillon du village, une espèce
de vaurien et de vagabond, mais qui n'avait pas mauvais coeur, en
voyant la peine qu'il se donnait, jeta là la fourche dont il était
armé, en jurant que les émeutiers le couperaient s'ils voulaient
menu, menu comme chair à pâté, mais qu'il ne resterait pas là, les
bras croisés, à voir un honnête gentleman, qui ne leur avait pas
fait de mal, réduit à une telle extrémité, sans lui prêter son
assistance. M. Haredale lui donna une cordiale poignée de main, et
le remercia de tout son coeur; au bout de cinq minutes, la chaise
était prête et le bon drille sur sa selle. On mit l'assassin dans
l'intérieur: on baissa les stores, le sacristain s'assit sur le
brancard; M. Haredale monta sur son cheval et ne quitta pas la
portière. Les voilà partis, au fort de la nuit et dans le plus
profond silence, sur la route de Londres.
Telle était la terreur générale dans le pays, que les chevaux
mêmes de la Garenne qui avaient échappé aux flammes n'avaient pu
trouver d'abri nulle part. Les voyageurs passèrent devant eux sur
la route, pendant qu'ils étaient à brouter un maigre gazon; et le
conducteur leur dit que les pauvres bêtes avaient commencé par
venir errer dans le village, mais qu'on les en avait chassées pour
ne point attirer sur les habitants la colère et la vengeance des
ennemis de M. Haredale.
Et il ne faut pas croire que ce sentiment de lâche frayeur fût
borné à de petits endroits comme celui-là, où les gens étaient
timides, ignorants et sans secours. Quand ils approchèrent de
Londres, ils rencontrèrent, au faible crépuscule du matin, de
pauvres familles catholiques qui, sous l'influence des menaces
effrayantes et des avertissements répétés de leurs voisins,
quittaient la ville à pied, faute, disaient-elles, d'avoir pu
trouver à louer ni charrette ni chevaux pour déménager leurs
effets, qu'elles avaient été obligées de laisser derrière elles à
la merci de la populace. Près de Mile-End ils passèrent devant une
maison dont le locataire, un gentleman catholique d'une fortune
modique, après avoir loué un chariot pour le déménager à minuit
avait fait descendre, en attendant, son mobilier dans la rue, --
afin de charger sans perdre de temps. Mais l'homme avec lequel il
avait fait ses conventions, alarmé par les incendies de cette
nuit, et par la vue des émeutiers, qui avaient passé devant sa
porte, avait refusé de tenir sa parole; de manière que le pauvre
gentleman, avec sa femme, quatre domestiques et leurs petits
enfants, étaient assis, grelottants sur leurs paquets, à la belle
étoile, redoutant la venue du jour et ne sachant comment faire
pour se tirer de là.
On leur dit qu'il en était de même avec les voitures publiques. La
panique était si grande, que les malles et les diligences avaient
peur de transporter des voyageurs de la religion attaquée. Quand
les conducteurs les connaissaient pour des catholiques, ou
obtenaient d'eux l'aveu qu'ils appartenaient à cette croyance, ils
ne voulaient pas les prendre, même pour de grosses sommes
d'argent. La veille même, il y avait des gens qui évitaient de
reconnaître, en passant dans les rues, des catholiques de leur
connaissance, de peur qu'il n'y eût là des espions apostés qui
pourraient les dénoncer et les brûler, comme ils disaient, c'est-
à-dire mettre le feu à leur maison. Un bon vieillard, un prêtre,
dont on avait détruit la chapelle, un pauvre homme, faible,
patient, inoffensif, qui s'en allait tout seul à pied sur la
route, dans l'espérance de rencontrer plus loin quelque diligence
qui voulût bien le prendre, dit à M. Haredale qu'il serait bien
heureux s'il trouvait un magistrat assez hardi pour se charger,
sur sa plainte, de faire mettre son prisonnier en état
d'arrestation. Malgré tous ces récits décourageants, ils
continuèrent de se diriger vers Londres, et, au lever du soleil,
ils étaient devant Mansion-House.
M. Haredale se jeta à bas de cheval; mais il n'eut pas besoin de
frapper à la porte, car elle était déjà ouverte, et sur le seuil
se tenait un vieux gentleman de bonne mine, rouge ou plutôt
pourpre de figure, dont la physionomie animée montrait qu'il
faisait des représentations à quelque autre personne placée en
haut de l'escalier, pendant que le portier essayait, petit à
petit, de se débarrasser de lui et de lui fermer la porte sur le
nez. Avec l'impatience et l'excitation naturelles à son caractère
et à sa position, M. Haredale s'avança de son côté pour prendre la
parole, quand le gros monsieur lui dit:
«Mon bon monsieur, laissez-moi, je vous prie, obtenir d'abord une
réponse. Voici la sixième fois que je viens ici. Hier seulement,
je suis venu cinq fois. On menace de détruire ma maison. Ils
doivent venir la brûler ce soir. C'était déjà leur projet hier;
mais ils ont eu de l'occupation ailleurs. Laissez-moi, je vous
prie, obtenir une réponse.
-- Mon bon monsieur, répondit M. Haredale en secouant la tête, ma
maison a été brûlée de fond en comble. Mais, à Dieu ne plaise que
la vôtre soit incendiée de même! Obtenez votre réponse; seulement,
de grâce, tâchez que ce ne soit pas long.
-- Eh bien! milord, vous entendez? dit le vieux gentleman à
quelqu'un qui se trouvait en haut de l'escalier, où l'on voyait
voltiger sur le palier le pan d'une robe de magistrat. Voici un
gentleman dont la maison a été effectivement réduite en cendres
cette nuit.
-- Mon Dieu! mon Dieu! répliqua une voix bourrue. J'en suis bien
fâché, mais qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse? Je ne peux
pas la rebâtir, si elle est démolie. Le chef de la justice de la
Cité ne peut pas être occupé à rebâtir les maisons qu'on démolit,
mon bon monsieur; vous sentez que c'est ridicule.
-- Mais il me semble que le chef de la magistrature de la Cité
pourrait empêcher les gens d'avoir besoin qu'on rebâtisse leurs
maisons, si le chef de la magistrature est un homme et non pas une
momie... qu'en dites-vous, milord? cria le vieux gentleman en
colère.
-- Vous devriez être plus respectable, monsieur, dit le lord-
maire, du moins plus respectueux, voulais-je dire.
-- Plus respectueux, milord! répondit le vieux gentleman. J'ai été
cinq fois assez respectueux comme cela hier. Le respect est une
bonne chose, mais il ne faut pas en abuser. On ne peut pas
toujours être à faire du respect, quand on sait qu'on va avoir sa
maison brûlée sur sa tête, avec tout ce qu'il y a dedans. Dites-
moi ce qu'il faut que je fasse, milord. Voulez-vous, oui ou non,
me donner protection?
-- Je vous ai déjà dit hier, monsieur, dit le lord-maire, qu'on
pourra vous donner un alderman chez vous, si vous en voulez un.
-- Et que diable voulez-vous que je fasse d'un alderman? répliqua
le vieux gentleman toujours courroucé.
-- Pour intimider la foule, monsieur, dit le lord-maire.
-- Est-il Dieu possible! repartit d'un ton désolé le vieux
gentleman, en essuyant son front, dans un état d'impatience
risible; songer à m'envoyer un alderman pour intimider la foule!
Mais, milord, quand tous ces gens-là seraient des poupons à la
mamelle, quelle peur voulez-vous qu'ils aient d'un alderman?
Viendrez-vous vous-même?
-- Moi? dit le lord-maire avec énergie; certainement non.
-- Eh bien! alors, qu'est-ce qu'il faut que je fasse? Ne suis-je
pas citoyen anglais? Ne dois-je pas jouir du bénéfice des lois de
mon pays? Ne me doit-on pas protection pour la taxe que je paye au
roi?
-- Ma foi! je ne sais pas. Quel dommage que vous soyez catholique!
Pourquoi n'êtes-vous pas protestant? Vous ne seriez pas compromis
dans tout ce gâchis... Il y a de grands personnages au fond de
tous ces troubles... Mon Dieu! mon Dieu! quel ennui que d'être un
homme public! Repassez dans la journée. Voulez-vous que je vous
donne un porte-javeline[5]? Ou bien, tenez, je peux disposer du
constable Philips... celui-là est libre aujourd'hui. Il n'est pas
encore trop vieux pour son âge; il n'y a que les jambes qui ne
sont pas solides; mais, en le mettant à une fenêtre, le soir, à la
chandelle, il aurait encore l'air assez jeune, et il leur ferait
une peur du diable... Mon Dieu! mon Dieu! eh bien, nous verrons
ça.
-- Arrêtez! cria M. Haredale en poussant la porte que le concierge
voulait fermer violemment, et en parlant d'un ton animé; milord
maire, ne vous en allez pas, s'il vous plaît. J'ai là un homme qui
a commis un assassinat, il y a vingt-huit ans. Je n'ai qu'un mot à
vous dire et à prêter serment devant vous, pour vous mettre à même
de le faire mettre en prison en attendant l'instruction. Je ne
vous demande, pour le moment, que de le mettre en lieu sûr. Le
moindre retard peut le faire tomber entre les mains des émeutiers.
-- Ah! mon Dieu! mon Dieu! cria le lord-maire, qu'est-ce que je
vais devenir? Dieu du ciel... il y a de grands personnages au fond
de tous ces troubles, vous savez... vraiment, je ne peux pas.
-- Milord, dit M. Haredale, la victime était mon propre frère. Je
lui ai succédé dans ses biens: il n'a pas manqué de langues
traîtresses dans le temps pour faire circuler tout bas le bruit
que j'étais pour quelque chose dans cet horrible assassinat; oui,
moi, moi qui l'aimais, Dieu le sait, si tendrement! Enfin, voici
le moment venu, après tant d'années d'angoisse et de misères, de
le venger, et de mettre au jour un crime si artificieux et si
diabolique qu'il n'a pas son pareil. Chaque minute de retard de
votre part peut délier les mains sanglantes de ce misérable, et le
faire échapper à la justice. Milord, je vous somme de m'entendre,
et d'expédier cette affaire sur-le-champ.
-- Mon Dieu! mon Dieu! cria le chef de la magistrature, mais vous
savez bien que ce n'est pas l'heure de mes séances... je ne vous
comprends pas d'agir avec cette insistance indiscrète... vous ne
devez pas... réellement vous ne devez pas... et encore je
parierais que, vous aussi, vous êtes catholique?
-- C'est vrai, dit M. Haredale.
-- Dieu du ciel! je crois que tout le monde se fait catholique
exprès pour m'ennuyer et me tourmenter. Vous aviez bien besoin de
venir ici: ils vont venir, à leur tour, mettre le feu, c'est sûr,
à Mansion-House, et c'est à vous que nous en aurons l'obligation.
Faites enfermer votre prisonnier, monsieur, donnez-lui un
gardien... et... et... repassez à l'heure des séances... alors
nous verrons.»
Avant que M. Haredale eût seulement le temps de répliquer, le
bruit d'une porte qui se ferma et des verrous qu'on tira en dedans
lui annonça que le lord-maire venait de faire retraite dans sa
chambre à coucher, et que toute réclamation serait désormais
inutile. Les deux clients déconfits se retirèrent ensemble, et le
concierge ferma la porte derrière eux.
«Et voilà comme il me congédie! reprit le vieux gentleman, sans
que je puisse obtenir de lui aide ni justice Qu'est-ce que vous
allez faire, monsieur?
-- Je vais essayer d'autre chose, répondît M. Haredale, qui était
déjà remonté sur son cheval.
-- Je vous assure que je vous plains, et d'autant plus que nous
sommes tous les deux dans le même cas. Je ne suis pas sûr d'avoir
ce soir une maison à vous offrir: laissez-moi vous l'offrir, au
moins, pendant qu'elle est encore debout. Pourtant, en y
réfléchissant, ajouta le vieux gentleman en remettant dans sa
poche son portefeuille qu'il avait déjà tiré, je ne veux pas vous
donner ma carte: car, si on la trouvait sur vous, cela pourrait
vous mettre encore dans l'embarras. Je m'appelle Langdale; je suis
marchand de vin distillateur; je demeure à Holborn-Hill. Si vous
venez me voir, vous serez là bienvenu.»
M. Haredale s'inclina et piqua des deux, tout près de la chaise,
comme auparavant, pour se rendre chez sir John Fielding, qui
passait pour un magistrat actif et résolu; il était d'ailleurs
déterminé, si les émeutiers venaient à l'attaquer, à exécuter lui-
même l'assassin de ses propres mains, plutôt que de le laisser
échapper.
Ils arrivèrent cependant à la demeure du magistrat, sans encombre:
car l'émeute, comme nous l'avons vu, était occupée à concerter des
plans plus profonds, et il frappa à la porte. Comme le bruit
s'était généralement répandu que sir John avait été mis au ban par
les émeutiers, sa maison avait été gardée toute la nuit par des
agents de la police. L'un d'eux, sur la déclaration de
M. Haredale, jugeant l'affaire assez importante pour l'introduire
devant le magistrat, lui procura sur-le-champ une audience.
On ne perdit pas de temps pour délivrer un mandat d'arrêt, afin de
mettre l'assassin à Newgate, bâtiment neuf qui venait d'être
récemment achevé à grands frais, et que l'on considérait comme une
prison d'une force respectable. Quand on eut le mandat, trois
agents de police garrottèrent l'accusé de nouveau: car, dans les
efforts qu'il avait faits en se débattant en voiture, il s'était
dégagé de ses menottes. Ils le bâillonnèrent pour qu'il ne pût pas
appeler à son secours, dans le cas où l'on aurait à traverser
quelque rassemblement, et prirent place dans la chaise, à côté de
lui. Ils étaient bien armés et formaient une escorte formidable:
cependant ils prirent encore la précaution de baisser les stores
pour faire croire qu'il n'y avait personne dans la voiture, et
recommandèrent à M. Haredale de prendre les devants pour ne pas
attirer l'attention en ayant l'air d'être avec eux.
On eut bientôt lieu de s'applaudir de ces mesures de prudence:
car, en prenant rapidement le chemin de la Cité, ils eurent à
traverser quelques groupes qui, sans aucun doute, auraient arrêté
la chaise, s'ils avaient pu se douter qu'il y eût quelqu'un
dedans. Mais les gens qui se trouvaient à l'intérieur se tenant
cois, et le cocher ne s'amusant pas à provoquer des questions, ils
arrivèrent bientôt à la prison, et, une fois là, ils firent sortir
l'homme et le coffrèrent, en un clin d'oeil, dans la lugubre
enceinte de Newgate.
Les yeux ardents de M. Haredale le suivirent avec attention,
jusqu'à ce qu'il l'eut vu enchaîné, et bien barricadé dans son
cachot. Bien plus, il avait déjà quitté la prison, et se trouvait
dans la rue, qu'il passait encore les mains sur les plaques de fer
de la porte, et tâtait la pierre de ces fortes murailles, comme
pour s'assurer que ce n'était pas un songe, et pour se féliciter
de voir que tout cela était si solide, si impénétrable, si froid.
Ce ne fut qu'après avoir perdu de vue la prison et regardé les
rues encore vides, sans mouvement et sans vie, à cette heure
matinale, qu'il sentit de nouveau le poids qu'il avait sur le
coeur; qu'il retrouva ses angoisses et ses tortures pour les
malheureuses femmes qu'il avait laissées chez lui, quand il avait
un chez lui: car sa maison détruite n'était plus elle-même qu'un
des grains du long rosaire de ses regrets.