Car elle veut mourir.
Mourir comme mademoiselle Damain à Vienne, comme mademoiselle Gabrielle
Roux à Athènes!
Ah! on a beau être frivole, avoir eu vingt amours qui se sont envolés
après s'être posés à peine; on a beau être de celles qui montrent
effrontément leurs jambes aux fauteuils d'orchestre et leurs gorges
aux avant-scènes; un jour vient où le cœur se prend, pour de vrai, et
se brise, pour de vrai! C'est le second alto de son théâtre, qu'elle
a adoré, Rosette. Pourquoi? elle ne l'a jamais bien su. Parce qu'il
était beau, ou parce qu'il était laid; parce qu'il la regardait,
toujours, avec des yeux qui se meurent de tendresse, ou parce qu'il ne
faisait pas attention à elle, pas du tout. Qu'importe la cause! elle
l'a aimé, doucement, ardemment, et elle a été bien heureuse, pendant
trois mois. Pour être toute à lui, elle a congédié, avec un haussement
d'épaules, comme pour dire: «Je me fiche joliment de vous, allez!» deux
hommes très sérieux, l'un qu'elle recevait tous les jours, l'autre
qui venait la voir deux fois par semaine. Elle a vécu honnêtement,
pauvrement, vendant ses dentelles, mettant ses bijoux au Mont-de-Piété;
incertaine quelquefois du déjeuner de demain. Cela lui était bien
égal, cette incertitude-là. Avant le lendemain, il y avait la nuit, la
nuit si bonne et si tendre, avec toutes les caresses, avec tous les
baisers! Mais maintenant l'alto aime une autre femme, laide, pas jeune,
maigre, des os pointus, une planche où il y a des clous. Et sotte avec
cela. Lâchée pour une grue! Rosette souffre affreusement. Rien que des
souvenirs, pas une seule espérance. C'est pourquoi elle va se tuer.
Il y a un an, quand le vitriol était à la mode, elle aurait peut-être
défiguré l'amant infidèle,--la femme, non, pas moyen de la rendre plus
laide! Mais ces choses-là ne se font plus. On ne doit pas se rendre
ridicule. Avant ce soir, à l'heure du Bois, des gens qui se promènent
trouveront derrière un arbre la pauvre petite Mirliton, étendue sur le
dos, morte, une balle au cœur, toute pâle, jolie encore. On mettra son
portrait à la première page des journaux illustrés.