Lila Biscuit se chagrina fort de l'absence de son amie. Pensez à une
perruche qui aurait la coutume de jacasser sur le même perchoir avec
une autre perruche et serait obligée, brusquement, de bavarder toute
seule. La pauvre abandonnée n'avait plus goût à rien; même il lui
arrivait de se trouver laide dans le miroir où Colette ne se mirait
plus. Elle prit une grande résolution, elle se mit à chercher la
voyageuse, à travers le monde. Où elle alla d'abord, d'après quels
indices elle dirigeait sa poursuite, il est inutile de le dire. Ce qui
est certain, c'est qu'un matin de printemps elle se trouva dans une
vallée d'Auvergne devant la petite maison couverte de chaume,--une
chaumière vraiment,--où Colette Hoguet s'était réfugiée.
Comme Lila Biscuit allait frapper à la porte, un paysan sortit de la
maison, un jeune homme, mais un paysan, trapu, joufflu, bourru, avec de
grosses mains hors des manches du sarrau.
Elle comprit tout, et se sentit très courroucée! Ce fut avec des
paroles de reproche amer qu'elle entra dans la chambre où son amie
sommeillait encore, tous ses cheveux défaits sur l'oreiller de toile
rude.
Quoi? véritablement? voilà ce qu'avait fait Colette? Elle avait quitté
Paris, et Lila Biscuit, pour s'enfuir dans cette solitude, et elle
préférait, qui? un rustre, à tant d'aimables amoureux? Sans doute, sans
doute, il y avait beaucoup à dire sur la tendresse des Parisiens et sur
la vigueur de leurs sentiments. Mais, du moins, ils avaient d'agréables
élégances, fleuraient la verveine ou le white-rose comme une femme qui
sort du bain; et c'était une honte de se laisser baiser le bout des
doigts par un gros et grossier campagnard qui apporte dans l'alcôve des
rudesses de labour et des odeurs d'étable.
Colette souriait, ne répondait pas.
--D'ailleurs, ajouta Lila Biscuit avec une colère grandissante, il me
semble que tu n'as guère gagné au change.
Colette souriait toujours.
--Il n'y a pas un bout de cigarette sur ta table de nuit!
--Ah! dit enfin Colette en ouvrant toute grande sa bouche où luisaient
les dents heureuses, c'est que je n'ai pas eu le temps d'en fumer une
seule!