LETTRE DE MADAME MADIN À M. LE MARQUIS DE CROISMARE.

La chère enfant n'est plus; ses peines sont finies; et les nôtres ont

peut-être encore longtemps à durer. Elle a passé de ce monde dans celui

où nous sommes tous attendus, mercredi dernier, entre trois et quatre

heures du matin. Comme sa vie avait été innocente, ses derniers instants

ont été tranquilles, malgré tout ce qu'on a fait pour les troubler.

Permettez que je vous remercie du tendre intérêt que vous avez pris à

son sort; c'est le seul devoir qui me reste à lui rendre. Voilà toutes

les lettres dont vous nous avez honorées. J'avais gardé les unes, et

j'ai trouvé les autres parmi des papiers qu'elle m'a remis quelques

jours avant sa mort; ils contiennent, à ce qu'elle m'a dit, l'histoire

de sa vie chez ses parents et dans les trois maisons religieuses où elle

a demeuré, et ce qui s'est passé après sa sortie. Il n'y a pas

d'apparence que je les lise sitôt: je ne saurais rien voir de ce qui lui

appartenait, rien même de ce que mon amitié lui avait destiné, sans

ressentir une douleur profonde.

Si je suis assez heureuse, monsieur, pour vous être utile, je serai

très-flattée de votre souvenir.

Je suis, avec les sentiments de respect et de reconnaissance qu'on doit

aux hommes miséricordieux et bienfaisants, monsieur, votre très-humble

et très-obéissante servante,

_Signé_: MOREAU-MADIN.

Ce 10 mai 1760.

La religieuse · 第 29 / 33 题