A B C.
-------------- ------
Que ce même sinus A, B, d'incidence commune soit au sinus de réfraction
du rayon violet, comme la ligne A, B, est à la ligne A, B, C, D.
A B
--------------
A B C D.
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Vous voyez que le point C est le terme de la plus petite
réfrangibilité, & D le terme de la plus grande; la petite ligne C,
D, contient donc tous les degrés de réfrangibilité des sept rayons.
Doublez maintenant C, D, ci-dessus, en sorte que I, en devienne le
milieu, comme ci-dessous.
A I C H G F E B D.
------------------ -- -- -- -- -- -- --
Alors la longueur depuis A en C fait le rouge: la longueur de A en H,
fait l'orangé: de A en G, le jaune: de A en F, le verd: de A en E, le
bleu: de A en B, le pourpre; de A en D, le violet. Or ces espaces sont
tels que chaque rayon peut bien être réfracté, un peu plus ou moins,
dans chacun de ces espaces, mais jamais il ne sortira de cet espace qui
lui est prescrit: le rayon violet se jouera toujours entre B & D: le
rayon rouge entre C & I, ainsi du reste, le tout en telle proportion
que si vous divisez cette longueur depuis I jusqu'à D, en trois cens
soixante parties, chaque rayon aura pour soi les dimensions que vous
voyez dans la grande figure ci-jointe.
[Analogie des tons de la Musique & des couleurs.]
Ces proportions sont précisément les mêmes que celles des tons de la
Musique: la longueur de la corde qui étant pincée fera _Re_, est à la
corde, qui donnera l'octave de _Re_, comme la ligne A, I, qui donne le
rouge en I, est à la ligne A, D, qui donne le violet en D; ainsi les
espaces qui marquent les couleurs, dans cette figure, marquent aussi
les tons de la Musique.
_Table des couleurs & des tons de la Musique._
C H G F E B D
A | | | | | | |
---+---------+--------+------+-----+-----+-------+------+
| Rouge | Orange |Jaune |Verd |Bleu |Pourpre|Violet|
+---------+--------+------+-----+-----+-------+------+
|se jouë | | | | | | |
|de ce | de C | de H |de G |de F | de E | de B |
|demi- | en H | en G |en F |en E | en B | en D |
|cercle | | | | | | |
|en C | | | | | | |
+---------+--------+------+-----+-----+-------+------+
| 45 | 27 | 48 | 60 | 60 | 40 | 80 | = 360.
+---------+--------+------+-----+-----+-------+------+
| | | | | | | |
1/2 9/16 3/5 2/3 3/4 5/6 8/9 1
| | | | | | | |
+---------+--------+------+-----+-----+-------+------+
| | | | | | | |
re ut si la sol fa mi re
| | | | | | | |
+---------+--------+------+-----+-----+-------+------+
|la plus |celle |celle |celle|celle|celle |celle |
|grande |de |du |du |du |du |du |
|refrangi-|l'orange|jaune |verd |bleu |pourpre|violet|
|bilité |à |à |à |à |à |à |
|du rouge | | | | | | |
|répond | | | | | | |
|à | | | | | | |
| | | | | | | |
| ut si la sol fa mi re
| | | | | | | |
+---------+--------+------+-----+-----+-------+------+
| | | | | | | |
+---------+--------+------+-----+-----+-------+------+
La plus grande réfrangibilité du violet répond à _Re_: la plus grande
réfrangibilité du pourpre répond à _Mi_: celle du bleu répond à _Fa_:
celle du verd à _Sol_: celle du jaune à _La_: celle de l'orangé à _Si_:
celle du rouge à l'_Ut_; & enfin la plus petite réfrangibilité du rouge
se rapporte à _Re_, qui est l'octave supérieure. Le ton le plus grave
répond ainsi au violet, & le ton le plus aigu répond au rouge. On peut
se former une idée complette de toutes ces proprietés, en jettant les
yeux sur la Table que j'ai dressée, & que vous devez trouver à côté.
Il y a encore un autre rapport entre les sons & les couleurs, c'est que
les rayons les plus distants (les violets & les rouges) viennent à nos
yeux en même-tems, & que les sons les plus distants (les plus graves
& les plus aigus) viennent aussi à nos oreilles en même-tems. Cela ne
veut pas dire, que nous voyons & que nous entendons en même-tems à la
même distance; car la lumiere se fait sentir six cens mille fois plus
vîte, au moins, que le son; mais cela veut dire, que les rayons bleus,
par exemple, ne viennent pas du Soleil à nos yeux, plutôt que les
rayons rouges, de même que le son de la note _Si_, ne vient pas à nos
oreilles, plutôt que le son de la note _Re_.
Cette analogie secrete entre la lumiere & le son, donne lieu de
soupçonner, que toutes les choses de la Nature ont des rapports cachés,
que peut-être on découvrira quelque jour. Il est déja certain qu'il
y a un rapport entre le _Toucher_ & la _Vûe_, puisque les couleurs
dépendent de la configuration des parties; on prétend même qu'il y a eu
des Aveugles nés, qui distinguoient au toucher la différence du noir,
du blanc, & de quelques autres couleurs.
[Idée d'un Clavessin oculaire.]
Un Philosophe ingénieux a voulu pousser ce rapport des Sens & de
la lumiere peut-être plus loin qu'il ne semble permis aux hommes
d'aller. Il a imaginé un Clavessin oculaire, qui doit faire paraitre
successivement des couleurs harmoniques, comme nos Clavessins nous font
entendre des sons: il y a travaillé de ses mains, il prétend enfin
qu'on joueroit des airs aux yeux. On ne peut que remercier un homme qui
cherche à donner aux autres de nouveaux Arts & de nouveaux plaisirs. Il
y a eu des Pays, où le Public l'auroit récompensé. Il est à souhaiter
sans doute, que cette invention ne soit pas, comme tant d'autres, un
effort ingénieux & inutile: ce passage rapide de plusieurs couleurs
devant les yeux semble peut-être devoir étonner, éblouïr, & fatiguer
la vûe; nos yeux veulent peut-être du repos, pour jouïr de l'agrément
des couleurs. Ce n'est pas assez de nous proposer un plaisir, il faut
que la Nature nous ait rendus capables de recevoir ce plaisir: c'est
à l'expérience seule à justifier cette invention. En attendant il me
parait que tout esprit équitable ne peut que louer l'effort & le génie
de celui qui cherche à agrandir la carriére des Arts & de la Nature.
[Toute cette Théorie de la lumiere a rapport avec la Théorie de
l'Univers.]
Nous ne pousserons pas plus loin cette Introduction sur la lumiere,
peut-être en avons nous trop dit dans de simples Elémens; mais la
plûpart de ces vérités sont nouvelles pour bien des Lecteurs. Avant
que de passer à l'autre partie de la Philosophie, souvenons-nous, que
la Théorie de la lumiere a quelque chose de commun avec la Théorie de
l'Univers dans laquelle nous allons entrer. Cette Théorie est, qu'il y
a une espèce d'attraction marquée entre les corps & la lumiere, comme
nous en allons observer une entre tous les Globes de notre Univers:
ces attractions se manifestent par différens effets; mais enfin c'est
toujours une tendance des corps, sans qu'il paraisse aucune impulsion.
[La matiere a plus de proprietés qu'on ne pense.]
Parmi tant de proprietés de la matiere telle que ces accès de
transmission & de réflexion des traits de lumiere, cette répulsion que
la lumiere éprouve dans le vuide, dans les pores des corps, & sur les
surfaces des corps; parmi ces proprietés, dis-je, il faut sur-tout
faire attention à ce pouvoir par lequel les rayons sont réflechis &
rompus, à cette force par laquelle les corps agissent sur la lumiere &
la lumiere sur eux, sans même les toucher. Ces découvertes doivent au
moins servir à nous rendre extrêmement circonspects dans nos décisions
sur la nature & l'essence des choses. Songeons que nous ne connaissons
rien du tout que par l'expérience. Sans le toucher nous n'aurions
point d'idée de l'étendue des corps: sans les yeux, nous n'aurions pu
deviner la lumiere: si nous n'avions jamais éprouvé de mouvement,
nous n'aurions jamais cru la matiere mobile; un très-petit nombre
de sens que Dieu nous a donnés, sert à nous découvrir un très-petit
nombre de proprietés de la matiere. Le raisonnement supplée aux sens
qui nous manquent, & nous apprend encore que la matiere a d'autres
attributs, comme l'attraction, la gravitation; elle en a probablement
beaucoup d'autres qui tiennent à sa nature, & dont peut-être un jour la
Philosophie donnera quelques idées aux hommes.
[Illustration]
[Illustration]