Ce n'est point ici une Marquise, ni une Philosophie imaginaire. L'étude
solide que vous avez faite de plusieurs nouvelles vérités & le fruit
d'un travail respectable, sont ce que j'offre au Public pour votre
gloire, pour celle de votre Sexe, & pour l'utilité de quiconque voudra
cultiver sa raison & jouïr sans peine de vos recherches. Il ne faut pas
s'attendre à trouver ici des agrémens. Toutes les mains ne savent pas
couvrir de fleurs les épines des Sciences; je dois me borner à tâcher
de bien concevoir quelques Vérités & à les faire voir avec ordre &
clarté. Ce seroit à vous de leur prêter des ornemens.
Ce nom de Nouvelle Philosophie ne seroit que le titre d'un Roman
nouveau, s'il n'annonçoit que les conjectures d'un Moderne, opposées
aux fantaisies des Anciens. Une Philosophie qui ne seroit établie
que sur des explications hazardées, ne mériteroit pas en rigueur le
moindre examen. Car il y a un nombre innombrable de manieres d'arriver
à l'Erreur, il n'y a qu'une seule route vers la Vérité: il y a donc
l'infini contre un à parier, qu'un Philosophe qui ne s'appuiera que
sur des Hypothèses ne dira que des chiméres. Voilà pourquoi tous les
Anciens qui ont raisonné sur la Physique sans avoir le flambeau de
l'expérience, n'ont été que des aveugles, qui expliquoient la nature
des couleurs à d'autres aveugles.
Cet Ecrit ne sera point un cours de Physique complet. S'il étoit tel,
il seroit immense; une seule partie de la Physique occupe la vie de
plusieurs hommes, & les laisse souvent mourir dans l'incertitude.
Vous vous bornez dans cette étude, dont je rends compte, à vous faire
seulement une idée nette de ces Ressorts si déliez & si puissants, de
ces Loix primitives de la Nature, que Neuton a découvertes; à examiner
jusqu'où l'on a été avant lui, d'où il est parti, & où il s'est arrêté.
Nous commencerons, comme lui, par la lumiere: c'est de tous les
corps qui se font sentir à nous le plus délié, le plus approchant de
l'infini en petit, c'est pourtant celui que nous connoissons davantage.
On l'a suivi dans ses mouvemens, dans ses effets; on est parvenu à
l'anatomiser, à le séparer en toutes ses parties possibles. C'est celui
de tous les corps dont la nature intime est le plus développée. C'est
celui qui nous approche de plus près des premiers Ressorts de la Nature.
On tâchera de mettre ces _Elémens_, à la portée de ceux qui ne
connaissent de Neuton & de la Philosophie que le nom seul. La Science
de la Nature est un bien qui appartient à tous les hommes. Tous
voudroient avoir connaissance de leur bien, peu ont le tems ou la
patience de le calculer; Neuton a compté pour eux. Il faudra ici se
contenter quelquefois de la somme de ces calculs. Tous les jours un
homme public, un Ministre, se forme une idée juste du résultat des
opérations que lui-même n'a pu faire; d'autres yeux ont vu pour lui,
d'autres mains ont travaillé, & le mettent en état par un compte fidèle
de porter son jugement. Tout homme d'esprit sera à peu près dans le cas
de ce Ministre.
La Philosophie de Neuton a semblé jusqu'à présent à beaucoup de
personnes aussi inintelligible que celle des Anciens: mais l'obscurité
des Grecs venoit de ce qu'en effet ils n'avoient point de lumiere;
& les ténèbres de Neuton viennent de ce que sa lumiere étoit trop
loin de nos yeux. Il a trouvé des vérités: mais il les a cherchées &
placées dans un abîme, il faut y descendre & les apporter au grand jour.
On trouvera ici toutes celles qui conduisent à établir la nouvelle
proprieté de la matiere découverte par Neuton. On sera obligé de parler
de quelques singularités, qui se sont trouvées sur la route dans cette
carriere; mais on ne s'écartera point du but.
Ceux qui voudront s'instruire davantage, liront les excellentes
Physiques des Gravesandes, des Keils, des Muschenbroeks, des Pembertons
& s'approcheront de Neuton par degrez.
[Illustration]
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