M. DCC. XXXVIII.

ELEMENS

DE LA

PHILOSOPHIE

DE NEUTON.

[Illustration]

[Illustration]

A MADAME

LA

MARQUISE DU CH.**

Tu m'appelles à toi vaste & puissant Génie,

Minerve de la France, immortelle Emilie,

Disciple de Neuton, & de la Vérité,

Tu pénétres mes sens des feux de ta clarté,

Je renonce aux lauriers, que long-tems au Théâtre

Chercha d'un vain plaisir mon esprit idolâtre.

De ces triomphes vains mon cœur n'est plus touché.

Que le jaloux Rufus à la terre attaché,

Traîne au bord du tombeau la fureur insensée,

D'enfermer dans un vers une fausse pensée,

Qu'il arme contre moi ses languissantes mains

Des traits qu'il destinoit au reste des humains.

Que quatre fois par mois un ignorant Zoïle,

Eleve en fremissant une voix imbécile.

Je n'entends point leurs cris que la haine a formez.

Je ne vois point leurs pas dans la fange imprimez.

Le charme tout-puissant de la Philosophie

Eleve un esprit sage au-dessus de l'envie.

Tranquille au haut des Cieux que Neuton s'est soumis,

Il ignore en effet s'il a des Ennemis.

Je ne les connois plus. Déja de la carriere

L'auguste Vérité vient m'ouvrir la barriere.

Déja ces tourbillons l'un par l'autre pressez,

Se mouvant sans espace, & sans règle entassez,

Ces fantômes savants à mes yeux disparaissent.

Un jour plus pur me luit; les mouvements renaissent.

L'espace qui de Dieu contient l'immensité,

Voit rouler dans son sein l'Univers limité,

Cet Univers si vaste à notre faible vûe,

Et qui n'est qu'un atome, un point dans l'étendue.

Dieu parle, & le Chaos se dissipe à sa voix;

Vers un centre commun tout gravite à la fois,

Ce ressort si puissant l'ame de la Nature,

Etoit enséveli dans une nuit obscure,

Le compas de Neuton mesurant l'Univers,

Leve enfin ce grand voile & les Cieux sont ouverts.

Il déploye à mes yeux par une main savante,

De l'Astre des Saisons la robe étincelante.

L'Emeraude, l'azur, le pourpre, le rubis,

Sont l'immortel tissu dont brillent ses habits.

Chacun de ses rayons dans sa substance pure,

Porte en soi les couleurs dont se peint la Nature,

Et confondus ensemble, ils éclairent nos yeux,

Ils animent le Monde, ils emplissent les Cieux.

Confidens du Très-Haut, Substances éternelles,

Qui brûlés de ses feux, qui couvrez de vos aîles

Le Trône où votre Maître est assis parmi vous,

Parlez, du grand Neuton n'étiez-vous point jaloux?

La Mer entend sa voix. Je vois l'humide Empire,

S'élever, s'avancer, vers le Ciel qui l'attire,

Mais un pouvoir central arrête ses efforts,

La Mer tombe, s'affaisse, & roule vers ses bords.

Cometes que l'on craint à l'égal du tonnerre,

Cessez d'épouvanter les Peuples de la Terre,

Dans une ellipse immense achevez votre cours,

Remontez, descendez près de l'Astre des jours,

Lancez vos feux, volez, & revenant sans cesse,

Des Mondes épuisez ranimez la vieillesse.

Et toi Sœur du Soleil, Astre, qui dans les Cieux,

Des sages éblouïs trompois les faibles yeux,

Neuton de ta carriere a marqué les limites,

Marche, éclaire les nuits; tes bornes sont prescrites.

Terre change de forme, & que la pesanteur,

En abaissant le Pole, éleve l'Equateur.

Pole immobile aux yeux, si lent dans votre course,

Fuyez le char glacé de sept Astres de l'Ourse,

Embrassez dans le cours de vos longs mouvements,

Deux cens siècles entiers par delà six mille ans.

Que ces objets sont beaux! que notre ame épurée

Vole à ces vérités dont elle est éclairée!

Oui dans le sein de Dieu, loin de ce corps mortel,

L'esprit semble écouter la voix de l'Eternel.

Vous à qui cette voix se fait si bien entendre,

Comment avez-vous pu, dans un âge encor tendre,

Malgré les vains plaisirs, ces écueils des beaux jours,

Prendre un vol si hardi, suivre un si vaste cours,

Marcher après Neuton dans cette route obscure

Du labyrinthe immense, où se perd la Nature?

Puissai-je auprès de vous, dans ce Temple écarté,

Aux regards des Français montrer la Vérité.

Tandis[a] qu'Algaroti, sûr d'instruire & de plaire,

Vers le Tibre étonné conduit cette Etrangere,

Que de nouvelles fleurs il orne ses atraits,

Le Compas à la main j'en tracerai les traits,

De mes crayons grossiers je peindrai l'Immortelle.

Cherchant à l'embellir je la rendrais moins belle,

Elle est ainsi que vous, noble, simple & sans fard,

Au-dessus de l'éloge, au-dessus de mon Art.

[a] Mr. Algaroti jeune Vénitien fait imprimer actuellement à

Venise un Traité sur la lumiere dans lequel il explique l'attraction.

[Illustration]

[Illustration]

A MADAME

LA

MARQUISE DU CH**

_AVANT PROPOS._

Elémens de la philosophie de Neuton: Mis à la portée de tout le monde · 第 3 / 43 题