24º _Le même au même._

Saint-Pétersbourg, 4 août 1842.

«Monsieur,

«J'ai maintenant acquis la certitude que l'empereur n'a écrit aucune

lettre, et je sais avec exactitude tout ce qui s'est passé à Peterhof.

Les instances faites auprès de lui ont été plus pressantes encore que je

ne le pensais. L'opinion de la famille impériale, de la cour, des hommes

du gouvernement, était unanime; tous ont trouvé une volonté de fer,

un parti pris, un amour-propre et un orgueil excessifs. L'empereur a

repoussé tout ce qu'on lui a proposé, tout ce qui aurait eu, à ses yeux,

l'apparence d'un premier pas: «Je ne commencerai pas!» sont les seuls

mots qu'on ait obtenus de lui. A la demande du renvoi de M. de Pahlen

à Paris, il n'a cessé de répondre: «Que M. de Barante revienne, et mon

ambassadeur partira.»

«A côté de cela, comme l'empereur a senti que sa conduite n'était pas

approuvée, comme il sait que le voeu unanime appelle le rétablissement

des relations entre les deux cours, il a affecté le plus convenable

langage; il a cru que quelques mots tombés de sa bouche, quelques

paroles inofficielles et sans garantie, portées à Paris par Horace

Vernet, que l'envoi d'un aide de camp du comte de Pahlen, au lieu d'un

courrier ordinaire, pour remettre une dépêche à M. de Kisseleff, il

a cru, dis-je, que tout cela suffirait peut-être pour déterminer des

avances. S'il ne l'a pas cru, il l'a voulu tenter. Il a mesuré avec

parcimonie chaque geste et chaque mot; il a tracé avec soin les limites

où il voulait se renfermer. Il voit là une merveilleuse adresse, et

ne comprend pas tout ce qu'il y a de peu digne d'un souverain dans

ces subterfuges et ces calculs. Telle est son habileté, telle est sa

tactique, telles sont ses illusions.

«Vous seriez surpris, monsieur, de voir avec quel mécontentement tout

cela est accueilli ici. Cependant pas un Russe ne s'est fait inscrire

chez moi depuis le douloureux événement du 13 juillet. En présence des

sentiments unanimes inspirés par cette affreuse catastrophe, cela est

significatif. Vous y trouverez la mesure de ce que peut, exige ou impose

la volonté du souverain.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 6) · 第 78 / 120 题