Paris, 24 février 1842.
«Je vous sais beaucoup de gré, monsieur, du dévouement si complet que
vous me témoignez. Je suis sûr que ce ne sont point, de votre part, de
vaines paroles, et qu'en effet, de quelque façon que le roi disposât de
vous, vous le trouveriez bon et vous obéiriez de bonne grâce; mais c'est
dans le poste où vous êtes que vous pouvez, quant à présent, servir
le roi avec le plus d'honneur. Il me revient que quelques personnes
affectent de dire que, si la société de Saint-Pétersbourg s'obstine à se
tenir éloignée de vous, c'est à vous seul qu'il faut l'imputer, et
que c'est à vous seul, à vos procédés personnels, que s'adresse cette
humeur. Je ne saurais admettre cette explication. Vous n'avez rien fait
que de correct et de conforme à vos devoirs, et je vous connais
trop bien pour croire que vous ayez apporté, dans le détail de votre
conduite, aucune inconvenance. Il est de l'honneur du gouvernement du
roi de vous soutenir dans la situation délicate et évidemment factice
où l'on essaye de vous placer, et l'empereur lui-même a, j'en suis sûr,
l'esprit trop juste et trop fin pour ne pas le reconnaître.
«Beaucoup de gens pensent et disent ici qu'il suffirait d'un mot ou
d'un geste de l'empereur pour que la société de Saint-Pétersbourg ne
persévérât point dans sa bizarre conduite envers vous. Je réponds, quand
on m'en parle, que vos rapports avec le cabinet russe sont parfaitement
convenables, que l'empereur vous a traité dernièrement avec la politesse
qui lui appartient, et que certainement, chez nous, si le roi avait,
envers un agent accrédité auprès de lui quelque juste mécontentement, il
ne le lui ferait pas témoigner indirectement et par des tiers.
«Gardez donc avec pleine confiance, monsieur, l'attitude que je vous
ai prescrite, et qui convient seule au gouvernement du roi comme à
vous-même. Ne vous préoccupez point de la froideur qu'on vous témoigne;
n'en ressentez aucune impatience, aucune humeur; tenez-vous en mesure
d'accueillir, sans les devancer, les marques de retour qui vous seraient
adressées. Vous avez pour vous le bon droit, les convenances, les
habitudes du monde poli dans les pays civilisés. Votre gouvernement vous
approuve. Le gouvernement auprès duquel vous résidez fait tout ce qu'il
vous doit. Le nécessaire ne vous manque point. Attendez tranquillement
que le superflu vous revienne, et continuez à prouver, par la dignité et
la bonne grâce de votre conduite, que vous pouvez vous en passer.»