Paris, 5 janvier 1842.
«Je voudrais bien, monsieur, pouvoir vous donner les instructions
précises et détaillées que vous désirez; mais à de telles distances et
quand il s'agit des formes et des convenances de la vie sociale, il n'y
a pas moyen. Les choses ne peuvent être bien appréciées et réglées que
sur les lieux mêmes, au moment même, et par ceux qui en voient de près
les circonstances et les effets. Je ne saurais vous transmettre
d'ici que des indications générales. Je m'en rapporte à vous pour
les appliquer convenablement. Ne soyez pas maintenant exigeant et
susceptible au delà de la nécessité. Ce que nous avons fait a été
vivement senti ici comme à Saint-Pétersbourg. L'effet que nous désirions
est produit. On saura désormais que les mauvais procédés envers nous ne
passent pas inaperçus. Quant à présent, nous nous tenons pour quittes et
nous reprendrons nos habitudes de courtoisie. Si on s'en écartait envers
vous, vous m'en informeriez sur-le-champ. Ce courrier ne vous arrivera
qu'après le jour de l'an russe. Si vous avez été averti, selon l'usage,
avec tout le reste du corps diplomatique, du moment où vous auriez à
rendre vos devoirs à l'empereur, vous vous en serez acquitté comme je
vous l'avais prescrit le 18 novembre dernier. Si vous n'avez pas été
averti, vous m'en aurez rendu compte, et nous verrons ce que nous
aurons à faire. J'ai causé de tout ceci avec M. de Barante, et nous
ne prévoyons pas d'autre occasion prochaine et déterminée où quelque
embarras de ce genre puisse s'élever pour vous.
«M. de Kisseleff se conduit ici avec mesure et convenance. Son langage
dans le monde est en harmonie avec ce qu'il a écrit le 1er janvier à M.
de Saint-Morys, et j'ai lieu de croire qu'il est dans l'intention de
ne faire aucun bruit de ce qui s'est passé, et de remplir, comme
précédemment, tous les devoirs d'égards et de politesse qui
appartiennent à sa situation. Il sera invité, comme tout le corps
diplomatique, au prochain grand bal de la cour. Nous témoignons ainsi
que, comme je viens de vous le dire, nous nous tenons pour quittes et
n'avons point dessein de perpétuer les procédés désobligeants. Nous
agirons du reste ici, envers M. de Kisseleff, d'après la façon dont on
agira à Pétersbourg envers vous. Vous m'en rendrez compte exactement.»