Paris, 4 janvier 1842,
«Monsieur, j'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de
m'écrire le 21 décembre, et dans laquelle vous me dites que, le 18 du
même mois, vous vous êtes exactement conformé à mes instructions,
en évitant toutefois avec soin ce qui aurait pu en aggraver l'effet.
D'après la teneur même de ces instructions, je dois présumer, quoique
vous n'en fassiez pas mention expresse, que vous avez eu soin de motiver
par écrit votre absence de la cour sur un état d'indisposition. Vous
saurez peut-être déjà, lorsque cette dépêche vous parviendra, que M. de
Kisseleff et sa légation n'ont pas paru aux Tuileries le 1er janvier;
peu d'heures avant la réception du corps diplomatique, M. de Kisseleff a
écrit à M. l'introducteur des ambassadeurs pour lui annoncer qu'il était
malade. Son absence ne nous a point surpris. Notre intention avait
été de témoigner que nous avions à coeur la dignité de notre auguste
souverain, et que des procédés peu convenables envers sa personne ne
nous trouvent ni aveugles ni indifférents. Nous avons rempli ce devoir.
Nous ne voyons maintenant, pour notre compte, aucun obstacle à ce que
les rapports d'égards et de politesse reprennent leurs cours habituel.
C'est dans cette pensée que je vous ai autorisé, dès le 18 novembre
dernier, à vous présenter chez l'empereur et à lui rendre vos devoirs,
selon l'usage, le premier jour de l'année. Vous semblez croire que le
cabinet de Saint-Pétersbourg pourra vouloir donner d'autres marques de
son mécontentement: tant que ce mécontentement n'irait pas jusqu'à vous
refuser ce qui vous est officiellement dû en votre qualité de chef de
la mission française, vous devriez ne pas vous en apercevoir; mais si on
affectait de méconnaître les droits de votre position et de votre
rang, vous vous renfermeriez dans votre hôtel, vous vous borneriez à
l'expédition des affaires courantes et vous attendriez mes instructions.
«J'apprécie, monsieur, les difficultés qui peuvent s'élever pour vous.
J'ai la confiance que vous saurez les résoudre. Le prince et le pays que
vous représentez, le nom que vous portez, me sont de sûrs garants de la
dignité de votre attitude, et je ne doute pas qu'en toute occasion vous
ne joigniez à la dignité cette parfaite mesure que donne le sentiment
des convenances et du bon droit.»