17 septembre 1841.

Monsieur, j'ai reçu les dépêches que vous m'avez fait l'honneur de

m'écrire par le dernier paquebot. J'ai reçu aussi celle de M. Piscatory.

Ceux de vos collègues qui ont attribué à l'action de la France le

changement de ministère naguère accompli à Athènes, sont tombés dans

une erreur si évidente que, sans doute, ils n'auront pas tardé à

la reconnaître. Quelles que soient, d'ailleurs, à cet égard

leurs préoccupations, ils ne sauraient les faire partager à leurs

gouvernements auprès desquels nous soutenions si vivement la cause de

M. Maurocordato, au moment où, à notre insu, ce ministre donnait sa

démission. Nous nous étions loyalement décidés à lui accorder notre

appui, parce qu'il nous avait paru animé d'intentions sages et droites,

parce que ses qualités personnelles et son influence avaient dû nous

faire croire qu'appelé par la volonté du roi Othon à tirer la Grèce

de la situation difficile où elle se trouve placée, il avait plus de

chances qu'un autre d'y réussir. Il n'entrait, vous le savez, aucune

préférence personnelle dans l'attitude que nous avions prise à

son égard. C'est assez dire que sa retraite ne changera rien aux

dispositions bienveillantes dont nous avons été constamment animés

pour la Grèce, et que notre concours est également acquis à quiconque

entreprendra, avec le courage, le dévouement et l'intelligence

nécessaires, là tâche difficile sous laquelle M. Maurocordato a

succombé. A ces titres, M. Christidès, dont le gouvernement du roi

connaît et apprécie d'ailleurs tout le mérite, peut compter sur

notre empressement à seconder ses efforts. Vous pouvez lui en donner

l'assurance. Quant à l'opinion peu favorable qu'il exprime sur les idées

que nous avions indiquées pour l'organisation du conseil d'État, que M.

Christidès ne craigne pas que nous en soyons moins bienveillants pour

lui et moins enclins à le soutenir. A la distance où nous sommes du pays

qu'il va gouverner, nous n'avons pas la prétention de juger mieux que

lui de la route qu'il convient de suivre pour arriver au but commun de

nos voeux et des siens, l'affermissement de l'ordre, la création d'une

administration régulière et qui puisse développer toutes les ressources

de la Grèce. Par cela même que nous avons toujours cru que les mesures

à prendre à cet effet devaient se rattacher aux moeurs, aux idées, aux

institutions et aux traditions nationales, plutôt que d'être puisées

dans l'imitation précipitée et confuse des institutions étrangères,

c'est au gouvernement du roi Othon, dirigé par les conseils de ses

sujets les plus éclairés, que nous entendons laisser l'appréciation

des remèdes appropriés à la guérison du mal; et quand nous avons pris

l'initiative à cet égard, nous avons voulu appeler sur ces graves et

urgentes questions l'attention de la Grèce et de l'Europe, bien plutôt

que les résoudre nous-mêmes par des conseils précis et positifs. Ce que

je viens de vous dire, monsieur, suffit pour vous indiquer la marche

que vous avez à suivie dans les circonstances nouvelles créées par la

retraite de M. Maurocordato. Je me propose de vous écrire bientôt avec

plus de détails sur la situation de la Grèce et du nouveau cabinet qui

vient de se former.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 6) · 第 46 / 120 题