IX

_Lord Aberdeen à lord Cowley._

Foreign-Office, January 9 1845.

Mylord,

L'ambassadeur de France m'a remis une dépêche de son gouvernement,

dans laquelle M. Guizot décrit, en termes énergiques, le sentiment

qui prévaut depuis quelque temps dans les Chambres françaises, et

généralement en France, quant au droit de visite.

Après avoir longuement développé les raisons qui l'ont conduit à cette

conclusion, il suggère au gouvernement de S. M. la convenance de former

une commission mixte chargée d'examiner si on ne pourrait pas découvrir,

pour la suppression de la traite, des moyens aussi efficaces ou même

plus efficaces que ceux qui résultent des traités par lesquels est

institué le droit mutuel de visite.

Je joins ici, pour l'information de Votre Excellence, une copie de cette

dépêche.

M. Guizot établit avec exactitude qu'à la fin de l'année 1843, le comte

de Sainte-Aulaire m'annonça que le gouvernement avait l'intention de

proposer certaines mesures qui, dans sa conviction, étaient préférables

à l'exercice du droit de visite, et mieux calculées pour atteindre le

but que nous avions en vue. Je dis alors à l'ambassadeur de France que

ma confiance dans la sincérité et le zèle de M. Guizot pour l'abolition

de la traite me déciderait à recevoir toutes les suggestions qui me

viendraient de lui sur ce point, et à les soumettre à l'examen du

gouvernement de Sa Majesté.

Votre Excellence peut assurer M. Guizot que le gouvernement de Sa

Majesté n'attache au droit de visite aucune valeur autre que celle des

moyens efficaces qu'il fournit pour la répression de la traite. Nous

savons que l'exercice de ce droit ne peut pas manquer d'entraîner

quelques inconvénients, et nous nous prêterions volontiers à l'adoption

de toutes les mesures qui seraient aussi efficaces pour le grand but que

nous avons en vue, et qui ne donneraient pas lieu aux mêmes objections.

Je suis cependant obligé de déclarer sincèrement que jusqu'ici je

n'ai entendu proposer aucun plan qui pût être adopté avec sécurité en

remplacement du droit de visite. Et quand M. Guizot se rappellera avec

quelle ardeur cette nation a désiré l'abolition de la traite, et les

énormes sacrifices qu'elle a faits et qu'elle fait chaque jour pour

y parvenir, il ne sera pas surpris que nous hésitions à abréger des

traités dont les stipulations ont été trouvées efficaces, jusqu'à ce que

nous soyons convaincus que les mesures proposées auront un égal succès.

Je m'abstiens de rechercher les causes qui ont amené ce grand changement

de sentiment en France quant à des traités dont naguère encore le

gouvernement français, de concert avec celui de Sa Majesté, avait

sollicité l'adoption par les autres nations.

Quelles que soient ces causes, j'admets pleinement que, si de tels

engagements ne sont pas exécutés cordialement et avec zèle par les deux

parties contractantes, ils répondront vraisemblablement beaucoup moins

bien au dessein qu'on poursuit et que leur valeur en sera fort diminuée.

Il est donc inutile d'insister sur les mesures qu'a prises le

gouvernement de S. M. pour écarter toute objection raisonnable à

l'exercice du droit de visite, et sur le soin avec lequel ont été

préparées les instructions données naguère aux officiers employés à ce

service.

Le seul fait, officiellement déclaré par M. Guizot, que le gouvernement,

la législature et la nation française demandent sérieusement une

révision de ces engagements, tout en professant en même temps un égal

désir d'atteindre le but dans lequel ils avaient été contractés, ce fait

est, pour le gouvernement de S. M., un motif suffisant de consentir à

l'enquête proposée.

Mais en consentant à la proposition de M. Guizot, V. Exc.

ne peut lui représenter trop fortement combien tout dépendra du

caractère et de la réputation des personnes choisies en qualité

de commissaires, et qui doivent être telles qu'elles inspirent une

confiance indispensable, et qu'elles assurent un résultat efficace.

Il paraît indispensable au gouvernement de S. M. que la commission soit

composée d'hommes d'un rang élevé, d'un esprit éclairé, parfaitement

indépendants et bien connus pour leur attachement à la grande cause de

la liberté et de l'humanité.

Il doit être bien entendu que l'objet de la commission n'est pas de

mettre de côté les traités, mais de constater la possibilité de mesures

propres à les remplacer avantageusement.

Il paraît essentiel aussi que toute mesure de ce genre, si on en trouve,

soit considérée d'abord comme une expérience par laquelle l'action des

traités à ce sujet sera suspendue jusqu'à ce que le succès ou l'insuccès

du nouveau système soit manifeste.

Le gouvernement de S. M. non-seulement ne pourrait avoir aucune

objection à une commission ainsi formée et pourvue d'instructions

pareilles; mais il serait disposé à l'accueillir avec satisfaction et

espérance, de concert avec toutes les personnes qui désirent sincèrement

la prompte et complète abolition de ce détestable trafic.

Je suis, etc., etc.

_Signé_: Aberdeen.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 6) · 第 34 / 120 题