de Rémusat décorés malgré eux.--Un ex-dieu.--M. Cousin,--M.
Jouffroy,--Il n'y a pas de savants.--M. Arago. M. G. de Pontécoulant.--M.
Mathieu de la Redorte.--MM. Étienne,--Véron,--Jay.--M.
Neveu.--M. Ganneron.--M. Lherbette,--MM. Baudoin, Duprez
et Éliçabide.--Mme Lafarge et Mlle Déjazet.--Hommage que l'auteur
se plaît à rendre à sa propre sagesse.--M. Fauvel, maire d'Étretat.--M.
Meyer-Beer.--M. Lemercier.--M. Hugo.--Les tribuns du peuple.--Léon
Gatayes.--M. Janin.--M. Théodose Burette.--Mme Francia
Mollard.--M. le vicomte d'Aure.--M. Baucher.--M. Malpertuis.--La
revue.--Le puff du gouvernement.--L'empereur de Russie.--M. Ernest
Leroy.--Le cheval de Tata.--_Attentat_ du 13 juin.--Portrait du
couteau.--Gueuleton.--Convoi, service et enterrement de la proposition
Remilly.--Libations.--M. Waleski.--Ordre du jour.--Témérité
de M. Roussel, chef de bataillon de la garde nationale de Montreuil.--La
Fête-Dieu.--Un monsieur découvre que je suis un _mouchard_.--Adresse.--Dernières
séances de la Chambre des députés.--Mort de
Redouté.--Bohain's french newspaper.--Le satrape Valée.--M. Bugeaud.--Les
pianos et les voisines.--La curée.--M. Pariset.--La Chambre
des pairs.--M. Pasquier.--Divers Pasquiers.--M. Decaze.--M.
de Saint-Aulaire.--M. Auguis.--M. Jouffroy.--M. Chambolle.--M.
Gouin.--M. Vincent.--M. Blanqui aîné.--M. de Bourgoin.--M.
de Fontenay.--M. Deffaudis.--Gaillardises d'icelui.--On donne
une place à M. Drouin parce qu'il a un mauvais caractère.--MM. Laffitte
et Arago, aristocrates.--M. de Balzac.--Amende honorable.--_Am
Rauchen_ 267
FIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLUME.
Paris.--Imprimerie A. Wittersheim, 8, rue Montmorency.
COLLECTION MICHEL LÉVY
LES
GUÊPES
ŒUVRES
D'ALPHONSE KARR
Format grand in-18.
LES FEMMES 1 vol.
AGATHE ET CÉCILE 1 --
PROMENADES HORS DE MON JARDIN 1 --
SOUS LES TILLEULS 1 --
LES FLEURS 1 --
SOUS LES ORANGERS 1 --
VOYAGE AUTOUR DE MON JARDIN 1 --
UNE POIGNÉE DE VÉRITÉS 1 --
LA PÉNÉLOPE NORMANDE 1 --
ENCORE LES FEMMES 1 --
MENUS PROPOS 1 --
LES SOIRÉES DE SAINTE-ADRESSE 1 --
TROIS CENTS PAGES 1 --
LES GUÊPES 6 --
En attendant que le bon sens ait adopté cette loi en un article, «la
propriété littéraire est une propriété,» l'auteur, pour le principe, se
réserve tous droits de reproduction et de traduction, sous quelque forme
que ce soit.
Paris.--Imprimerie de A. Wittersheim, rue Montmorency, 8.
LES
GUÊPES
PAR
ALPHONSE KARR
--DEUXIÈME SÉRIE--
NOUVELLE ÉDITION
[Illustration: COLOPHON]
PARIS
MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
RUE VIVIENNE, 2 BIS
1858
Reproduction et traduction réservées.
LES
GUÊPES
Août 1840.
Les tailleurs abandonnent Paris.--Les feuilles de vigne.--Une
fourmi aux guêpes.--On prend l'auteur en flagrant délit
d'ignorance.--Il se défend assez mal.--M. Orfila.--Les
banquets.--M. Desmortiers.--M. Plougoulm.--Situation impossible du
gouvernement de Juillet.--Le peuple veut se représenter
lui-même.--M. de Rémusat.--Danton.--Les cordonniers.--Les
boulangers.--M. Arnal.--M. Bouffé.--M. Rubini.--M. Samson.--M.
Simon.--M. Alcide Tousez.--M. Mathieu de la Redorte et le coiffeur
Armand.--La presse vertueuse et la presse corrompue.--M.
Thiers.--Le duc d'Orléans.--M. E. Leroy.--Le cheval de Tata.--Un
bourreau.--M. Baudin.--M. Mackau.--Le Mapah.--M. V. Hugo.--M. Jules
Sandeau.--Les bains de Dieppe.--Mme *** et la douane.--M. Coraly
prévu par Racine.--M. Conte.--M. Cousin et M. Molé.--Une
fournée.--Mademoiselle Taglioni et M. V. de Lapelouze.--Coups de
bourse.--M. de Pontois.--Plusieurs noms barbares.--M. de
Woulvère.--M. de Ségur.--Naïveté des journaux ministériels.--Un
ministère vertueux et parlementaire.--Chagrins d'icelui.--M.
Chambolle s'en va-t-en guerre.--MM. Jay et de Lapelouze le
suivent.--Situation.--_Am Rauchen._
[GU] 1er JUILLET.--Les maîtres tailleurs ayant voulu exiger de leurs
ouvriers qu'ils eussent des livrets comme en ont ceux des autres
états,--ceux-ci ont abandonné Paris, et vivent dans les guinguettes qui
entourent la ville.--Si l'on ne réussit pas promptement à mettre
d'accord les ouvriers et les maîtres, il est difficile de prévoir ce que
deviendra Paris.--Plusieurs de nos élégants, plutôt que de montrer des
gilets déjà vieux d'un mois,--se renferment chez eux et font semblant
d'être à la campagne. Paris deviendra sauvage;--ses habitants seront
obligés avant peu d'en revenir à l'ancienne feuille de vigne ou de
figuier.
Cela me fait songer aux bizarres transformations qu'a subies ce vêtement
de nos premiers pères.--Le mariage est, dit-on, d'institution divine;
mais, quand Dieu l'a institué, la parure d'une femme n'avait rien de
ruineux.--Elle pouvait changer de toilette quatre fois par jour sans
inconvénients pour la fortune de son mari.--Mais aujourd'hui--que les
feuilles de vigne ont des _volants_, et qu'il en faut douze aunes pour
qu'une femme soit mise décemment, beaucoup de gens restent célibataires
par économie.
Voyez, en effet, cette jeune femme sortir de chez elle,--et comptez
quelle armée innombrable a dû s'occuper de préparer pour elle les divers
ajustements qui ont remplacé la feuille de figuier de la Bible.
Par où commencerai-je,--mon Dieu! je vais prendre pour exemple,--madame,
la plus petite peut-être des choses qui composent votre parure, ce
soulier si étroit et si cambré.
Eh bien! madame,--avant que vous ayez des souliers, il a fallu un
herbager et des gens pour élever l'animal dont la peau forme cette mince
semelle,--un boucher pour tuer l'animal,--un mégissier,--un
chamoiseur,--un tanneur,--un corroyeur,--avec leurs divers
ouvriers,--pour donner à la peau les diverses préparations qu'elle a à
subir.
Pour la soie dont est fait ce joli soulier,--après qu'on a nourri et
élevé les vers,--opération pour laquelle il faut planter, cultiver,
effeuiller les mûriers;--puis, qu'on a étouffé les chrysalides dans les
cocons, etc., etc.,--c'est-à-dire, après qu'une quinzaine d'ouvriers
différents s'en sont occupés,--il reste encore à filer la soie,--la
dévider,--la passer au moulin,--la blanchir et la teindre.--Alors,
seulement, on la porte aux métiers;--une fois l'étoffe fabriquée, elle
passe encore par une foule de mains avant d'arriver à celles de votre
cordonnier;--là, il faut un coupeur,--une couseuse,--une brodeuse, etc.,
et, si j'ajoute tous les ouvriers qui, sans appartenir à la fabrication
du soulier, ont cependant eu à faire des travaux sans lesquels le
soulier n'eût pu exister, tels que ceux qui ont fabriqué les outils des
différents ouvriers désignés,--ce ne serait pas trop de compter que deux
cents personnes se sont occupées de votre chaussure.
Quand je vous aurai dit--qu'une épingle a subi dix-huit opérations
différentes, dont aucune ne peut se faire par moins de deux personnes,
et plusieurs en exigent un plus grand nombre, sans compter toutes celles
qui ont été nécessaires pour l'extraction du minerai et pour sa
transformation en cuivre;
Si je vous parle de ces perles qui pendent à vos oreilles et qu'il a
fallu chercher dans les gouffres de la mer;
Vous aurez tort de vous étonner si je vous affirme,--vous faisant grâce
de calculs dont je ne vous donne que le résultat,--que vous n'oseriez
mettre le pied dehors sans que six mille hommes se soient occupés de
vous faire une feuille de vigne convenable.
[GU] 2.--Voici la lettre que je reçois,--relativement au volume du mois
dernier:
«Monsieur, où diable avez-vous découvert que les _lauriers-roses_
produisent de l'_acide prussique_?
«Ah! vous confondez une _apocynée_ avec une _rosacée_,--vous!
«Vous mériteriez, vous et vos guêpes, un déjeuner de véritable _acide
prussique_. UNE FOURMI.»
Voici ce que je réponds à la fourmi:
«Fourmi, vous avez raison et j'ai tort,--le _laurier-rose_, auquel les
botanistes n'accordent pas d'être un laurier,--mais un _nérium_, ne
contient pas d'_acide prussique_ ou _hydrocyanique_.
«Mais--il contient un principe délétère tellement subtil, que ses
émanations seules, au rapport de quelques auteurs, ont suffi pour causer
la mort.
«Un homme, pour avoir mangé d'un rôti cuit au moyen d'une broche faite
avec le bois de _nérium_,--devint fou, eut une syncope et mourut.»
(LIBANTIUS, _Comment. de venenis_.)
«M. Orfila, dans sa _toxicologie_, met le laurier-rose au nombre des
poisons narcotico-âcres,--et il avoue avoir tué beaucoup de chiens avec
l'extrait et avec la poudre de cet arbrisseau;--je ne pense pas que ce
principe ait reçu de nom.
«Ainsi donc, fourmi,--mon erreur, que je reconnais humblement, repose
sur le mot,--et mes guêpes n'en ont pas moins, selon mes ordres,--puisé
dans la fleur du laurier-rose de quoi rendre leurs piqûres suffisamment
désagréables. Recevez, fourmi, mes remercîments et mes compliments
empressés.»
[GU] 3.--J'ai souvent ri des gueuletons patriotiques;--mais, si j'étais
à la place des gouvernants,--ou de ceux qui veulent ou peuvent le
devenir,--ou de ceux qui attendent quelque chose d'eux, je prendrais
peut-être plus au sérieux les banquets qui ont eu lieu au boulevard
Montparnasse et à Belleville ces jours-ci.--La carte pourrait en être
chère.
Sous la Restauration, le parti libéral, grotesquement uni au parti
bonapartiste, passa quinze ans à dire au peuple qu'il était
esclave,--qu'il _gémissait_ dans _les fers_.--Chaque fois qu'il faisait
trop chaud on qu'il faisait trop froid,--on lui disait: c'est la faute
du gouvernement; les melons sont chers, c'est la faute du
gouvernement;--il pleut, c'est la faute du gouvernement;--il ne pleuvait
pas du temps de l'empereur.
Le _peuple souverain_ voulut enfin reconquérir _ses droits_, ne fût-ce
que pour les connaître.--Les faiseurs de phrases lui crièrent: _Peuple
français, peuple de braves, en avant, marchons!_--et ils le laissèrent
marcher tout seul,--les ruisseaux coulèrent rouges,--beaucoup de braves
gens se firent tuer.--On renvoya Charles X,--on mit Louis-Philippe sur
le trône,--et les avocats remplacèrent les seigneurs.--Hélas! ne
pouvait-on donc remplacer les _gentilshommes_ que par des hommes si
vilains!
Pour ce qui est d'autres changements, il n'en fut pas question.--Il ne
s'était pas écoulé six mois que la décoration de Juillet, que le bout de
ruban,--que quelques-uns avaient payé d'un bras ou d'une jambe,--était
de mauvaise compagnie;--au bout d'un an, il servait, dans les émeutes et
dans les foules, à désigner aux agents de police et à la force armée
ceux qu'on devait arrêter de préférence.
Tout montra jusqu'à l'évidence qu'on n'avait dit tant de mal de
l'ancienne royauté--que pour y faire brèche,--comme à une ville dont on
veut s'emparer;--mais, la ville prise, on se hâta de rebâtir les
murailles endommagées et de s'y fortifier;--ceux qui s'étaient partagé
le butin,--et c'étaient en général ceux qui avaient pris le moins de
part au combat,--traitèrent les autres précisément comme ils avaient été
traités eux-mêmes par le pouvoir de la Restauration:--les autres
répétèrent contre leurs alliés de la veille tout ce qu'ils avaient dit
ensemble contre le pouvoir déchu.--Le pays fut divisé en deux camps
comme auparavant,--je ne tiens pas compte des subdivisions, et les
partis qui n'étaient pas du pouvoir répétèrent au peuple,--qu'il était
_esclave_, qu'il gémissait dans les _fers_,--etc., etc.;--ce que le
peuple écoute et croit tout aussi bien que la première fois.--D'autres
faiseurs de phrases entonnèrent:--_Peuple français, peuple de
braves,_--_en avant, marchons!_--et le laissèrent marcher seul,
absolument comme les autres.--Il y eut encore du sang de répandu,--le
parti populaire, vaincu à plusieurs reprises,--fut traité comme
l'eussent été les vainqueurs de Juillet s'ils n'eussent pas été les plus
forts;--car je ne sais si je commets ici un crime de lèse-quelqu'un ou
de lèse-quelque chose;--je ne sais aucun moyen raisonnable de nier
ceci,--que la Révolution de juillet est une émeute réussie,--comme
l'émeute du 6 juin est une révolution manquée.
Aujourd'hui le pouvoir défend les principes que défendait la
Restauration;--ses ennemis l'attaquent avec les armes qui renversèrent
la légitimité.--Si ce n'étaient quelques noms changés par-ci par-là,--je
ne vois pas que la situation soit différente en rien--de celle où on
serait si Charles X, au lieu de mourir, était rentré en France.
Seulement de ceci je ne tire pas, comme beaucoup d'autres, la conclusion
que la chose est à recommencer,--je maintiens au contraire que, si on la
recommençait, il en serait absolument de même, ou peut-être pire.--Que
ceux qui disent aujourd'hui ce que disait sous la Restauration le
pouvoir actuel--feraient, en cas de succès, précisément ce qu'il fait
aujourd'hui.--Que tout changement par la force n'est jamais un assez
grand bien pour ne pas être un grand mal:--voyez aujourd'hui,--voici M.
Barrot aux affaires,--les radicaux ne veulent plus de M. Barrot.--Que
les radicaux arrivent aux affaires,--les communistes n'attendent pas
même si longtemps pour se séparer d'eux--et, quoique je ne devine guère
au delà des communistes,--je suis convaincu--que, s'ils arrivaient à
leur tour,--il se trouverait un parti pour lequel ils seraient des
aristocrates et des liberticides.
Certes, la position des hommes qui ont pris le pouvoir en juillet 1830
était difficile;--ils avaient érigé la force en droit.--Si
aujourd'hui--ils ne peuvent arrêter leurs principes d'alors,--ils seront
renversés,--et ils ne peuvent lutter contre ces principes--que par
d'autres principes qui les condamnent pour avoir renversé leurs
prédécesseurs;--car voilà ce que disent leurs ennemis:--si le peuple en
sa qualité de _peuple souverain_, a eu le droit de mettre--M. Dupin
(remarquez bien, ô messieurs Plougoulm et Desmortiers, que je dis M.
Dupin) à la place de M. Trois-Étoiles,--il a parfaitement le droit de
mettre aujourd'hui M. n'importe qui à la place de M. Dupin.
Mais s'il n'a pas le droit de mettre M. n'importe qui à la place de M.
Dupin,--il n'avait pas le droit de mettre M. Dupin à la place de M.
Trois-Étoiles.
Donc M. Dupin ne peut être qu'à la condition de n'être plus.
Diable!
Ce que je dis là a pour but de montrer tout ce qu'on a déjà fait de
chemin sur la pente rapide de l'absurde;--ce ne doit pas être, selon
moi, une raison pour continuer.--La force n'est pas un droit, elle est
la négation de tout droit,--comme le droit est la négation de la
force.--Il y a bien d'autres révolutions à faire que les révolutions de
rues,--et des révolutions plus grandes et plus belles.--Il en faut
partout, excepté peut-être là où on en veut faire;--il en faut dans
l'éducation, dans le travail,--dans les impôts,--dans
l'administration,--dans l'industrie.
Mais--ceux-là (et je m'adresse aux hommes de tous les partis),--ceux-là
surtout les retardent, qui, sous prétexte du _progrès_ et du _bien
public_, se disputent ignoblement--les lambeaux de tout ce qui se paye
et de tout ce qui se vend.
Toujours est-il, pour en revenir aux banquets, que ces braves gens,
voyant que leurs représentants ne s'occupent à la Chambre:--les plus
forts que de leur ambition ou de leur avidité personnelle, les plus
niais que de l'avidité et de l'ambition des autres;--le tout
entremêlé--de gueuletons et de dîners,--où l'on choque les _verres
pleins contre les mots vides_; ont avisé que,--pour cela du moins, ils
n'avaient pas besoin de représentants,--et que rien ne les empêchait de
boire et de manger eux-mêmes, au lieu de boire et de manger par
procuration.
M. de Rémusat--s'est opposé à la continuation des banquets,--c'était son
devoir;--car, si le gouvernement de Juillet n'était pas le gouvernement
de Juillet,--personne n'oserait,--je pense,--lui demander d'autoriser
des réunions dont le but avoué est son renversement,--et la propagation
de doctrines telles que l'_abolition de la propriété_, etc., etc. (Voir
ce que nous avons dit--du gouvernement sauvage dans le volume de
janvier.)
Il y a eu un banquet à trois francs par tête,--et un banquet à deux
francs.--On parlait mal au second des convives du premier,--auxquels--je
rappellerai que Danton fut principalement condamné pour une carte de
restaurateur excédant vingt-deux francs.
[GU] 4.--Les cordonniers suivent l'exemple des tailleurs, et se retirent
sur le Mont-Aventin.
Je ne sais plus dans quelle ville les boulangers ont refusé de continuer
à travailler.
Tout le monde s'occupe de politique,--tout le monde veut être
gouvernement,--excepté cependant les quelques-uns dont c'est l'état et
le devoir;--mais à quelles oreilles est-ce que je dis cela?--Bon Dieu!
que ce désaccord entre les maîtres et les ouvriers,--ce besoin d'une
nouvelle organisation du travail est une question _politique_,--mille
fois,--cent mille fois plus importante--que les misérables questions de
ministères--qui occupent, divisent ou réunissent la Chambre des députés.
Il faut le dire,--il y a au moins dans le saint-simonisme et le
fouriérisme,--au milieu de rêveries et de saugrenuités, des tentatives
et des efforts pour arriver à un but de réorganisation sociale.
[GU] 5.--Dernièrement,--M. Arnal, acteur comique du théâtre du
Vaudeville,--dédia à M. Bouffé, comédien du Gymnase, un poëme en vers.
Dans ce poëme, M. Arnal se plaignait du peu de considération qu'ont
encore les comédiens dans la société,--et il demandait sérieusement,--en
attaquant un _odieux préjugé_,--
Vernet, Bouffé, Samson--ont-ils la croix?
La mesure du vers, ou celle de sa modestie, l'empêchèrent de mettre,
«_et Arnal._»
Comme l'état de M. Arnal est de faire rire,--je trouvai son vers assez
heureux, et j'en ris un moment, sans y attacher d'importance.--Le
gouvernement, à ce qu'il paraît, se préoccupa davantage du vers de M.
Arnal, et se demanda pourquoi quelques comédiens n'avaient pas la croix.
On l'avait bien donnée, il est vrai, à M. Simon, premier _diable vert_
de l'Opéra,--mais c'était plutôt comme garde national zélé--que comme
_diable vert_ qu'il avait obtenu cette distinction.--On songea alors à
donner la croix à M. Rubini, chanteur du Théâtre-Italien.
Napoléon la refusa à Talma,--et eut raison.--Il serait charmant, en
effet, de voir sur un journal:--Le chevalier de la Légion d'honneur
Alcide Tousez--a fait pouffer de rire--dans le rôle de ***. Le
chevalier de la Légion d'honneur Arnal a été assailli de pommes cuites.
Allons donc,--messieurs les comédiens,--vous gagnez, dans une année,
plus d'argent que n'en gagnent dans toute leur vie une foule de gens
savants, distingués, laborieux.--Un ténor a de bien plus forts
appointements qu'un ministre,--une danseuse qu'un général en chef.--Il
n'est pas un comique un peu bien placé qui, en exagérant, trois fois par
semaine, les infirmités que la nature peut lui avoir données,--ne
réunisse ses trente mille francs au bout de l'année.--Allons,
messieurs,--laissez donc la considération aux pauvres diables.--Nous
vivons d'ailleurs à une époque où on n'y tient guère, et où vous
pourrez leur acheter toute leur considération pour le quart de vos
appointements.
M. Alphonse Royer,--littérateur distingué,--qui désirait la croix depuis
longtemps, sans avoir pu l'obtenir, est allé se faire Turc,--et prendre
à Constantinople une fort belle position.
[GU] 6.--M. Mathieu de la Redorte,--ambassadeur d'Espagne,--est parti
depuis plusieurs jours.--On allait voir, chez le coiffeur Armand,--douze
perruques à la Louis XIV, commandées pour ses gens.--Il emmène des
voitures et des livrées extraordinaires.
[GU] 7.--Le public a,--entre autres choses,--ceci de ravissant--que,
s'il adopte souvent une idée,--sans trop savoir pourquoi,--il se donne
ensuite bien garde d'en changer.--Ainsi, vous n'empêcherez jamais
d'appeler journaux _ministériels_--la _Presse_ et le _Journal des
Débats_, qui font à M. Thiers, c'est-à-dire au pouvoir actuel, une
opposition violente et systématique;--ni journaux de l'_opposition_,--le
_Courrier Français_, le _Constitutionnel_,--le _Messager_, le _Siècle_,
qui appartiennent au ministère.
On a beaucoup ri, hier, au _Café de Paris_, en voyant entrer à la fois
deux journalistes fort connus,--l'un, que l'on donne pour type du
journalisme corrompu,--est un jeune homme qui venait bourgeoisement
dîner en tête-à-tête avec sa femme,--l'autre,--journaliste
_vertueux_,--amenait une danseuse célèbre par sa maigreur.
[GU] 8.--M. Thiers s'est tellement enthousiasmé du cheval que lui avait
prêté M. Ernest Leroy pour la revue,--qu'il a beaucoup pressé celui-ci
de le lui vendre. M. Leroy s'y est refusé; parce que ce cheval est un
présent du duc d'Orléans.--M. Thiers s'est adressé alors au prince
royal, qui a dit à M. Leroy: «Vous me ferez plaisir, en cédant le cheval
de _Tata_ à M. le président du conseil.»
M. Leroy--ne voulait pas d'abord en accepter le prix,--mais M. Thiers,
l'ayant fait _estimer_, lui a envoyé huit mille francs.
Le cheval de _Tata_--n'est certes pas un bon cheval,--mais il a beaucoup
d'apparence;--il vaut, du reste, infiniment mieux aujourd'hui qu'à
l'époque où le duc d'Orléans l'a donné à M. E. Leroy.
Depuis ce moment--M. Thiers monte à cheval tous les jours,--il s'est
installé à Auteuil,--et on le rencontre dans le bois de Boulogne,--suivi
d'un domestique à cheval, porteur d'un rouleau de papiers.--M. Thiers
travaille à cheval--absolument comme M. Lejars du Cirque-Olympique.
[GU] 9.--Une place de bourreau est vacante;--quarante demandes ont été
adressées,--sept sont apostillées par des députés;--les sept candidats
bourreaux sont électeurs. Il est facile de se représenter comment cela
s'est fait.
--Monsieur,--je vous demanderai votre voix.
--Volontiers,--monsieur,--mais j'aurai besoin de votre appui.
--Monsieur,--il vous est acquis.
--Monsieur,--la place de bourreau est vacante à ***.
--Monsieur,--vous voudriez qu'elle ne fût pas donnée,--vous êtes, comme
moi, pour l'abolition de la peine de mort,--vous....
--Pas du tout,--monsieur,--je voudrais être bourreau.
--Monsieur,--je me ferai un vrai plaisir....
--Ayez donc la bonté d'apostiller cette petite pétition que j'adresse au
ministre.
--Volontiers,--monsieur.
«Je certifie que N..., excellent père de famille,--garde national
irréprochable,--a tout ce qu'il faut pour faire un bourreau
très-distingué;--je serai personnellement heureux de voir tomber sur lui
le choix de M. le ministre;--je crois qu'il s'en montrera digne à tous
égards,--et que le gouvernement n'aura qu'à se féliciter de son utile
concours.»
[GU] 10.--L'amiral Baudin était arrivé à Cherbourg et avait passé la
revue de ses équipages--lorsqu'il a annoncé tout à coup qu'il ne partait
pas,--et est retourné à Paris.--Au moment où l'amiral reçut sa
mission,--il confia à M. Thiers que M. _Mollien_, consul de France à la
Havane, lui était désagréable--et que sa destitution lui ferait
plaisir.--M. Thiers répondit: «Nous verrons ça.»
Une fois à Cherbourg, M. Baudin écrivit à M. Thiers qu'il ne mettrait
pas à la voile avant que la chose fût faite;--la réponse de M. Thiers
fut ambiguë, et M. Baudin retourna à Paris.
Si on ne peut approuver M. Baudin--d'avoir demandé la destitution de M.
Mollien comme faisant partie de l'expédition, M. Thiers est sans excuse
de ne s'être pas expliqué catégoriquement, et de n'avoir pas refusé
formellement ce qu'il ne voulait pas faire.--De ce jour, l'amiral Baudin
n'a plus été un bon amiral, et M. Mackau, envoyé à sa place, a passé
homme de génie, pour son avancement,--du moins dans les journaux du
ministère.--Au résumé, avec toutes ses finesses et toute son
habileté,--M. Thiers n'arrive jamais qu'à priver le pays de ce qu'il a
de meilleur.
[GU] 11.--Un monsieur, auquel ses parents ont probablement négligé de
donner un état,--s'est récemment établi Dieu,--il prétend que le
véritable Dieu doit être à la fois homme et femme,--c'est-à-dire _père_
et _mère_, et il s'intitule _Mapah_, nom formé des premières syllabes
des deux mots _maman_ et _papa_. Il y a deux ans, les femmes libres
adressèrent à la Chambre des députés une pétition tendant à ce que le
roi Louis-Philippe fût appelé à l'avenir roi des Français et des
Françaises.--On prononça l'ordre du jour,--parce qu'on objecta--que les
Françaises étaient comprises dans les Français,--et que rien
n'empêcherait, si on accédait à cette première demande, d'être bientôt
obligé d'appeler le roi--roi des Français, des Françaises et des
chapeliers, etc., etc. Le Mapah a accompli ce vœu des femmes libres.