NOTE II.--MES CONTRADICTIONS

En voici encore une que je livre à la critique. J'ai dit du bien et du

mal d'Henri IV dans le volume précédent et dans celui-ci. Je maintiens

l'un et l'autre; le mal, le bien, sont vrais et mérités. Ce caractère

est tel, mêlé, varié, inconsistant et double, double de nature et de

volonté. Il a cela même de curieux que c'est quand il se fixe au bien

qu'il se masque le plus, et sa meilleure époque est toute enveloppée de

mensonge.

Beaucoup de gens y étaient pris, ses amis surtout (bien moins ses

ennemis, qui ne furent pas dupes et le tuèrent). En 1600, lorsqu'il veut

agir sérieusement en faveur des huguenots, il les mystifie et les

humilie dans la dispute de Mornay et Du Perron, flatte le clergé

catholique. De même, lorsqu'il vient de leur accorder le temple de

Charenton (1606) et d'arrêter avec Sully sa guerre pour secourir les

protestants d'Allemagne, il caresse les Jésuites plus que jamais, et

fait au ministre Charnier une réception sèche et dure, qui dut charmer

Cotton et tous les catholiques. La brochure de M. Read (sur Chamier)

peint au vif Henri IV. Elle fait comprendre comment les protestants

durent méconnaître, tant qu'il vécut, un ami qui craignait tant de

paraître tel. Dans le fond, il était pour eux (surtout dans les

dernières années). C'est le témoignage que lui rend un grand historien,

non suspect: «Les Réformés avoient vu mourir avec lui deux choses: l'une

l'_affection_ qu'il étoit certain qu'il avoit pour eux; l'autre étoit la

_bonne foy_ dont il se piquoit plus que nul autre prince, et qui le

rendoit si exact observateur de sa parole, qu'on trouvoit plus de faveur

dans l'effet qu'il n'en avoit fait espérer par la promesse.» (Élie

Benoît. _Histoire de l'Édit de Nantes._ II, p. 4.)

La critique peut continuer d'imputer à mon _injustice_, à ma _légèreté_,

les inconsistances et les variations de la nature humaine.

J'ai dit et j'ai dû dire que Louis XII fut en France bon et honnête,

perfide en Italie; qu'Henri III, infâme à vingt ans, mais épuisé à

trente, était alors probablement moins libertin qu'on ne l'a dit. Quelle

contradiction y a-t-il en cela?

Histoire de France 1598-1628 (Volume 13/19) · 第 60 / 90 题