Celui qui connaît la vérité, et qui a la science de l’habitation
intérieure, indépendant des amours et des douleurs de la terre, celui-là
est heureux, et il est préservé du mal, tant que ses sens extérieurs
sont recueillis sur la montagne. Jouir de Dieu! ô joie des joies! Quant
à moi, suivant le conseil du sublime amour, j’ai si profondément pénétré
les choses accidentelles, que j’ai trouvé la liberté et l’absolution des
liens. Gloire à l’amour! Il délivre de la misère; il affranchit de
l’extérieur. Il fait don de la nudité, et de la flamme, et de la fusion.
Je vous en supplie, connaissez-vous quelqu’un qui se soit ennuyé dans
ses domaines?
O essence éternelle! tu ébranles absolument les puissances de l’âme.
Quand tu ouvres le désert à l’esprit que tu guides, la paix descend sur
lui, et, dans le silence profond de la jouissance, l’homme est illustré,
et la clarté qui l’environne est digne de la nature très sublime de
l’essence. Oh! quelle horreur que de se retourner vers le dehors! oh!
sources immenses! oh! torrents de lumière! Celui qui boit de votre eau
vit sans ennui ni peur. Ce n’est pas en vertu de son propre mérite qu’il
a trouvé la liberté. Les lointains d’autrefois sont devenus pour lui
voisinages. Il a l’inexprimable joie de ne plus trouver sur terre son
semblable. Celui qui foule les sentiers de l’amour se porte bien au fond
de lui-même. Il entend la voix mystérieuse qui dit toutes choses en une
parole; oh! que Dieu nous abrège la route de ce pays-là! La jouissance
actuelle porte une joie qui fait fondre l’âme! oh! quel transport et
quel salut dans cette parole: Je me souviens de Dieu!