Le sommet de la montagne c’est la fixité de l’âme arrêtée en toute
justice, en toute vertu, et sa stabilité en Dieu. L’amour nu fait
l’esprit simple, et l’homme, livré à eux, est délivré des créatures. Il
entre en vacances; l’amour nu soulève l’homme au-dessus de lui-même et
de ses actes; il établit l’esprit dans la paix de la jouissance où se
consomme l’union divine. Si nous voulons faire cette expérience, il faut
livrer à l’occupation divine le dernier fond de notre fond intime, et
demander une réciprocité quelconque, et faire le vide dans nos
puissances. Il faut que notre amour contracte une telle pesanteur, que,
pénétrant jusqu’au fond la substance de ses créatures, il ne se repose
qu’après avoir trouvé Dieu dans l’abîme, Dieu seul. C’est là que
l’intelligence nue est imprégnée de vérité éternelle, comme l’air est
imprégné de la splendeur du soleil. C’est là que l’amour divin pénètre
nos profondeurs, comme le feu pénètre le fer. C’est là que nous trouvons
en nous le royaume de Dieu. C’est de là que nous sommes excités et
envoyés vers toute justice et toute vertu extérieure. Car L’AMOUR NE
PEUT ÊTRE OISIF.
L’Esprit du Seigneur, remuant toutes les puissances de l’homme, les
pousse au dehors vers toute activité juste et sage. Il fait de nous un
tabernacle spirituel. Puis il nous retire et nous rappelle au dedans. Il
nous met devant les yeux, en toute action, la gloire de Dieu, et nous
sommes faits, avec notre substance et notre activité, un seul et sublime
sacrifice. Et la fixité de la justice demeure avec nous. Mais quand nous
jouissons de la simplicité, possédant tout bien dans l’amour
superessentiel, nous demeurons au fond de nous, plongés dans la paix de
l’essence, établis au-dessus de tout, dans l’unité supérieure. Cette
expérience se fait quand nous entrons, dépouillés de nos embarras, dans
la simplicité de l’amour essentiel. C’est là que nous sentons la
jouissance interminable, celle qui dit: Je ne finirai pas.