Notre Père, qui êtes aux cieux, est le Père des lumières; il est celui
qui veut qu’on voie. Aussi, sans interruption et sans intermédiaire, il
profère en nous son Verbe unique et éternel, une seule parole, la parole
de l’abîme. Dans cette parole il s’exprime lui-même et exprime toutes
choses.
S’il fallait traduire cette parole dans la langue humaine, je dirais
qu’elle sonne à peu près de cette manière:
Me voici!
Regarde!
Or c’est la génération de la lumière éternelle, où toute béatitude est
vue et contemplée.
La contemplation dont je parle ici a trois conditions: il faut une âme
réglée et parée par l’exercice pratique de la vérité et de la justice;
toutefois cette pratique extérieure doit aider l’âme, et non la
surcharger. Celui-là seul est apte à la contemplation, qui n’est esclave
de rien, et pas même de ses vertus. Il faut en outre adhérer à Dieu par
l’activité de l’amour; il faut un feu blanc, ardent, inextinguible;
l’ardeur qui brûle ouvre l’esprit. Il faut enfin, sans confusion de
substance et dans le sens où je le dis, il faut se perdre dans la
ténèbre sacrée, où la jouissance délivre l’homme de lui-même, et ne plus
se retrouver suivant le mode humain. Dans l’abîme de la ténèbre où
l’amour donne le feu de la mort, je vois poindre la vie éternelle et la
manifestation de Dieu. Là naît et brille une certaine lumière
incompréhensible qui donne sur la vie éternelle, et nous commençons à
distinguer quelque chose. Or la lumière est donnée dans la simple
essence de l’esprit, où l’homme la reçoit, au-dessus des dons, dans le
vide où la jouissance l’a délivré de lui-même. Et cela dans toute la
mesure dont la créature est capable. Or la lumière ténébreuse, où
l’esprit contemple tout ce que le désir peut concevoir, est telle par
son immensité, que le contemplateur, dans le fond où il se repose, ne
voit plus et ne sent plus rien que la lumière elle-même, une certaine
splendeur incompréhensible. Bienheureux les yeux qui voient ainsi.