Les deux premières actions produisent la troisième, qui est la vie
intérieure exerçant la justice. Dieu, venant au rendez-vous avec ou sans
intermédiaire, exige de nous deux choses: activité, jouissance. Ces deux
forces, loin de se gêner, se confirment et se corroborent. Dans
l’activité et dans la paix consiste la vie de l’homme intérieur; il est
tout entier dans l’une, et tout entier dans l’autre, indivisiblement.
Tout entier en Dieu, il jouit de la paix profonde; tout entier en
lui-même, il produit toutes les actions de l’amour. Dieu lui ordonne de
renouveler constamment ces deux mouvements de vie: et la justice
l’engage à donner ce que Dieu demande. A chaque irradiation divine
l’esprit répond par un mouvement plein d’activité et plein de
jouissance. Et toutes ces vertus actives prennent dans ce mouvement une
seconde naissance, et l’abîme de la paix prend dans le même mouvement
une nouvelle profondeur. Par le même acte Dieu donne ses trésors et se
donne lui-même; par le même acte l’esprit fait oblation de toute sa vie
extérieure et de toute sa substance. Par irradiation de Dieu pour la
jouissance de l’homme, l’esprit fondu d’amour s’écoule dans le Seigneur,
et le ravissement le transforme en joie. L’intelligence et la sagesse
impriment sur lui leur touche active; il est illuminé, embrasé. Mais il
meurt de faim, il brûle de soif, car le pain des anges est devant lui.
Il travaille, parce qu’il est en vue du repos. L’exilé contemple sa
patrie. Il voit, au fort de la mêlée, la couronne du vainqueur. La
consolation, la paix, la joie, la splendeur et l’abondance, toute
splendeur, toute lumière dépourvue de nombre et de mesure; tout cela est
à la portée de ses regards. La béatitude lui est montrée sous des
espèces spirituelles. Le doigt de Dieu, montrant le bonheur, entretient
l’amour au milieu de l’activité humaine. Le juste, qui a fondé sa vie
sur la paix et sur l’action, élève un monument éternel; cependant, après
cette vie, il sera ravi vers de plus hautes sublimités. Il s’approche de
Dieu, armé d’un amour intime et d’une action continuelle. Il se plonge
en Dieu, armé d’une jouissance sans remords et sans peur. Plongé en
Dieu, il se donne à toutes les créatures, plein d’activité, de vertu, de
justice et d’amour universel. Quiconque n’unit pas dans sa vie la paix
et l’activité ne connaît pas la justice; quiconque unit le repos et
l’activité est en sûreté. Le juste est semblable à un miroir à deux
faces, recevant deux sortes d’images. En haut, il reçoit Dieu et les
dons de Dieu; en bas, les images et les espèces des objets. Celui-là
peut rentrer en lui-même et se livrer hardiment aux devoirs de la
justice.
Mais l’homme, en cette vie, est bien loin d’être immuable. Il sort de
lui-même sans nécessité, et se livre très souvent aux choses du dehors,
appelé par les sens, et non conduit par la lumière. Il tombe ainsi dans
le péché véniel. Or le péché véniel dans la vie d’un contemplateur,
c’est une goutte d’eau froide dans une fournaise ardente.