Or cette rencontre, cette unité que l’esprit d’amour poursuit et possède
en Dieu sans intermédiaire dans le saisissement de l’essence, excède et
dépasse toute intelligence, à moins que l’intelligence, sortant
d’elle-même, n’ait suivi la lumière aux lieux où tout est simple. La
jouissance de l’unité nous transporte dans la paix au-dessus de
nous-même et de toutes choses. De cette source coulent tous les biens,
naturels et surnaturels; mais l’esprit d’amour se repose au-dessus des
biens, dans leur source. C’est un désert où il n’y a que Dieu, Dieu et
l’esprit unis ensemble. Dans cette unité nous sommes reçus par le
Saint-Esprit, et nous recevons le Saint-Esprit, et avec lui le Père et
le Fils, car la Divinité est incapable de division. Or l’esprit avide de
jouissance, qui tend au repos en Dieu au-dessus des images, obtient et
possède au-dessus de la nature, dans l’existence essentielle, tout ce
qu’il a jadis obtenu et possédé naturellement.
Ceci est l’expérience commune des saints. Mais ils passent leur vie sans
apprécier et pénétrer la nature de leur bonheur, s’ils n’ont trouvé au
fond d’eux-mêmes la délivrance des créatures et l’illumination de
l’esprit. Au moment même de sa conversion, l’homme est saisi par la main
de Dieu, dans la pointe de son esprit, pour être transporté dans la paix
éternelle. Recevant la grâce, il reçoit une certaine ressemblance divine
dans le fond le plus intime de ses puissances; tel est le principe de
toutes ses grandeurs futures. Or cette ressemblance, qui sauvegarde la
paix de l’unité, ne peut lui être ravie que par le péché mortel.