qui proclame la victoire des jouissances de la sensibilité sur celles
de l'orgueil.
J'ai revu souvent la statue de Michel-Ange: elle est bien loin de ce
caractère de volupté, d'abandon et de divinité qui respire dans le
_Bacchus antique_. La statue de Florence m'a toujours paru une idylle
écrite en style d'Ugolin.
La poitrine est extrêmement élevée: Michel-Ange devinait l'antique pour
l'expression de la force; mais le visage est rude et sans agrément; il
ne devinait pas l'expression des vertus. On voit qu'arrivé au point de
surpasser tous les sculpteurs de son siècle il s'élançait dans l'idéal
au delà de l'imitation servile, mais ne savait où se prendre pour être
grand.
Ainsi cet homme, qui, à considérer les dons de la nature, ne fut
inférieur à aucun de ceux dont l'histoire garde le souvenir, brisa les
entraves qui, depuis la renaissance de la civilisation, retenaient les
artistes dans un style étroit et mesquin.
Mais les modernes formés par les romans de chevalerie et la religion,
et qui veulent de l'âme en tout, diront qu'il lui manqua, en revenant à
Florence après Bologne, de trouver l'_Apollon_ ou l'_Hercule Farnèse_.
Son goût se fût élevé à l'expression des grandes qualités de l'âme, au
lieu de se borner à l'expression de la force physique et de la force
de caractère; et ce que notre âme avide demande aux arts, c'est la
peinture des passions, et non pas la peinture des actions que font
faire les passions.
[390] Lady Macbeth ne lui eût pas dit:
I fear thy nature
It is too full o' th' milk of human Kindness
To catch the nearest way.
_Macbeth_, scène VII.
[391] En 1811, Musée des antiques, salle de l'_Apollon_, à droite
en entrant.