Je croirais que ces tableaux ont été faits pendant les divers
séjours de Léonard à Florence, plutôt que pendant le peu de temps
qu'il s'arrêta dans Rome. Dans l'état actuel de nos connaissances
biographiques, ce serait imiter de trop près Winckelmann et les autres
historiens de l'art antique que de vouloir assigner l'époque de chacun
d'eux. Il s'agit d'un homme qui fut grand de bonne heure, tenta sans
cesse de nouvelles voies pour arriver à la perfection, et souvent
laissa ses ouvrages à moitié terminés, lorsqu'il désespérait de les
porter au sublime[205].
Nous pouvons répéter de Léonard ce que nous aurons à dire du Frate, du
Corrége, et de tous les peintres qui ont excellé dans le clair-obscur.
Il donna au sculpteur Rustici le modèle des trois statues de bronze qui
sont au-dessus de la porte boréale du baptistère à Florence.
Le cardinal Frédéric Borromée, le neveu du grand homme saint Charles,
faisant la description du tableau qui est à Paris (n° 1033), et que
Luini a peint sur le dessin de Vinci, dit que l'on conservait encore
de son temps le modèle fait en terre par Léonard pour la figure de
l'enfant. Lomazzo se glorifiait d'avoir dans son atelier une petite
tête de Jésus, où il trouvait toute l'expression possible. Léonard
disait souvent que ce n'est qu'en modelant que le peintre peut trouver
la science des ombres.
[205] Par exemple, le grand tableau de la galerie de Florence.