LA FONTAINE.

Un jour, par exemple, il s'approcha avec une curiosité d'enfant de

certaines grandes cages où des marchands exposaient en vente de beaux

oiseaux. Après les avoir considérés longtemps, et avoir admiré avec

ses amis leurs grâces et leurs couleurs, il ne put s'éloigner sans

payer les plus beaux, qu'il prit lui-même dans la cage, et auxquels

il rendit la liberté: âme tendre, et que la contemplation de la beauté

menait à l'attendrissement!

On montre à la Canonica, près d'une des fenêtres, un portrait qui,

dit-on, offre les traits et l'ouvrage de Léonard.

Au château voisin de Vaprio, appartenant aussi à l'illustre famille

Melzi[199], on fait voir comme de lui une _Madone_ colossale. Ce qu'il

y a de sûr, c'est qu'en 1796 des soldats allumèrent le feu de leur

marmite contre le mur sur lequel elle est peinte. Les têtes seules ont

résisté à cet outrage de la guerre. La tête de Marie a six palmes de

proportion, celle de Jésus quatre palmes. Quelques personnes attribuent

cet ouvrage au Bramante.

Il paraît que cette année et la suivante Léonard s'occupa encore de

l'Adda, que ses travaux avaient rendu navigable sur un espace de

deux cents milles. Dans tous les genres, son affaire n'était pas de

faire exécuter des choses connues, mais de créer l'art à mesure des

difficultés. Je vois la date de 1509 à côté du dessin d'une de ses

écluses qui subsiste encore.

A cette époque, c'était Louis XII qui tenait la Lombardie, et ses

troupes remportèrent, non loin de l'Adda et de la retraite de Léonard,

la fameuse victoire d'Aignadel. On dit que Léonard fit le portrait du

général vainqueur, Jean-Jacques Trivulzi. Le bon Louis XII récompensa

Vinci de ses travaux d'hydraulique en faisant sortir la récompense du

travail même: il lui donna douze pouces d'eau à prendre dans le grand

canal, près San-Cristoforo; il eut de plus le titre de peintre du roi,

et des appointements.

En 1510, l'année où son ancien maître Ludovic acheva sa triste vie, il

revit Florence. Deux ans après, il se trouva à Milan, justement pour y

voir rentrer le jeune Maximilien, fils de Ludovic, ce même prince pour

l'enfance duquel il avait peint jadis un livre de prières. Ce triomphe

n'eut rien de décisif. En Lombardie, tout était confusion, vengeance

et misère. «Je partis de Milan pour Rome, le 24 septembre 1514, avec

François Melzi, Salaï, Lorenzo et Fanfoja,» dit Léonard dans ses

manuscrits[200].

[198] Il ne reste plus que le croquis de quelques cavaliers

combattant pour un étendard. (_Etruria pittrice_, tom. I, pl.

XXIX.)

[199] Le duc de Lodi était de ce nom; il aima vraiment sa patrie

et la liberté. Il fut trompé aux comices de Lyon par Bonaparte.

[200] Manuscrit B, page 1.

Histoire de la peinture en Italie · 第 140 / 465 题