Deux nuits ont suffi à ce travail. J'ai dû déployer toute mon énergie; à
certains moments, le sang jaillissait de mes ongles. Mais cela me
préoccupait peu, je vous jure. Cette nuit, je le verrai dormir. Dort-il
d'abord? Je n'en sais rien, et même ce souffle que j'entends à travers
la cloison ne me paraît pas celui d'un homme endormi.
Cependant, il ne quitte pas son lit... une seule remarque: il semble que
son poids s'alourdisse de plus en plus.
Est-ce que l'entassement des souvenirs et... qui sait? des remords
aurait un poids effectif... plus la nuit avance, plus par conséquent les
souvenirs s'amassent dans son cerveau, plus j'entends le lit gémir et
craquer, comme si ses pensées étaient de plomb.
Que cette journée me paraît longue! Des échecs, je ne me préoccupe plus.
Je joue machinalement, sans y songer, et je le regarde.
Mais c'est singulier. J'aurais pensé que ce travail de _perforation_ se
serait accompli plus vite... je ne puis encore rien lire dans ce
cerveau. Oh! il y a des moments je voudrais le déchirer de mes ongles
comme j'ai déchiré la muraille...
Tiens! un couteau!