[Note 337: Beat. Rhenan.--Calix major, quot marcas habuerit,
nescio. Certum autem est, quod spissitudo ejus erat digiti,
habebat autem idem calix duas ansas, quæ poterant manus replere
levantis, sicut solent habere mortarii in quibus piperata et salsa
præparantur. _Chron. Mogunt._, p. 384.]
La guerre avait eu son triomphe, la foi attendait le sien. Lorsqu'on
jugea Tudun et ses compagnons suffisamment instruits des vérités
chrétiennes pour être admis au sacrement du baptême, on procéda à cette
solennité avec un grand éclat, devant un immense concours de peuple.
L'usage était, à la cour de Charlemagne, que les catéchumènes convertis
par ses soins, avant d'approcher du baptistère, se dépouillassent
entièrement de leurs habits pour se revêtir de robes ou longues chemises
blanches, du lin le plus fin, qu'on leur abandonnait ensuite en
commémoration de leur baptême. Ce cadeau était fort recherché des
sauvages païens du Nord, témoin ce vieux soldat saxon, qui se vantait de
s'être fait baptiser vingt fois pour se composer une garde-robe de
chemises de lin[338], s'il faut en croire le moine de Saint-Gall, dont
les anecdotes ne sont pas toujours bien dignes de foi. Sous ce costume,
étrange pour un successeur d'Attila, Tudun, à genoux près de la piscine,
fut lavé de l'eau baptismale, que chaque noble avar reçut à son tour.
L'église d'Aix déploya pour cette grande occasion ses plus riches
ornements et le luxe de ses processions d'évêques et d'abbés,
étincelants d'or et de pierreries, qui faisaient dire à un ambassadeur
du khalife Aroun: «J'avais vu jusqu'à présent des hommes de terre,
aujourd'hui je vois des hommes d'or[339].» Les vers et la prose ne
manquaient jamais aux fêtes de Charlemagne, à qui c'était faire sa cour
que d'aimer les lettres; ils vinrent en abondance dans celle-ci, et les
lettrés absents tinrent eux-mêmes à honneur d'y être représentés.
Alcuin, dont le nom académique était Albinus, comme celui d'Angilbert
était Homère et celui de Charlemagne lui-même David, félicitait le roi,
dans une lettre artistement travaillée, «d'avoir courbé sous son sceptre
victorieux cette race des Huns, si formidable par son antique barbarie,
d'avoir attaché ces fronts superbes au joug de la foi, et fait briller
la lumière à des yeux qui semblaient éternellement voués aux
ténèbres[340].»
[Note 338: Jam vicies hic lotus sum, et optimis
candidissimisque vestibus indutus... Monach., S. Gall., II, 29.]
[Note 339: Prius terreos tantum homines vidimus, nunc autem
aureos. _Id._, II, 11.]
[Note 340: Gentes, populosque Hunnorum antiqua feritate, et
fortitudine formidabiles, tuis suo honori militantibus subdidit
sceptris, prævenienteque gratia, colla diu superbissima sacræ
fidei jugo devinxit, et cœcis ab antiquo tempore mentibus lumen
veritatis infudit. _Epist. Alcuin ad. Carol. M._, ann. 796.]
Théodulf, évêque d'Orléans, envoya aussi son tribut dans une pièce de
vers que nous avons encore[341], pièce composée évidemment pour les
savants membres de l'académie caroline, qu'il désigne toujours par leurs
sobriquets littéraires, et dont il s'occupe beaucoup plus que des Huns
et de leur conversion. L'Italien Théodulf, que Charlemagne retenait près
de lui à force d'argent et d'honneurs, dont il avait fait un de ses
_missi dominici_, puis un évêque d'Orléans, était alors le poëte à la
mode, le Fortunat d'un cour où la politesse essayait de renaître par la
culture des lettres, et où l'on enviait aux poëtes italiens leur manière
leste et dégagée, leur talent d'exagérer les petites choses, leurs
antithèses, et leur recherche parfois gracieuse d'idées et de mots. Tout
ce bagage d'une littérature traditionnelle, ces procédés de métier
restés en Italie, oubliés ailleurs, frappaient d'admiration des esprits
habitués aux formes un peu lourdes qu'apportaient avec leur science les
philosophes théologiens de l'île de Bretagne. On se passa donc de main
en main, on lut avec une avide curiosité les nouveaux vers de Théodulf,
dont le succès apparemment fut d'autant plus général que chacun y trouva
pour soi un souvenir aimable ou une flatterie. D'abord c'était le roi
«sage comme Salomon, fort comme David, beau comme Joseph,» puis la belle
Luitgarde, que Charles venait de mettre dans son lit aussitôt après la
mort de Fastrade, puis les princesses filles du roi pour le portrait
desquelles le poëte-évêque avait épuisé toutes ses réminiscences
mythologiques et toute la nomenclature des pierreries et des fleurs. Les
fils du roi n'y étaient point oubliés, non plus que leurs fidèles et les
lettrés de l'académie, Riculf-Damætas, Ricbode-Macarius, Thyrsis le
camérier et Ménalcas le grand-maître de la table du roi. Avec tout cela,
il restait peu de place pour le sujet de la fête, quoique la pièce fût
passablement longue. Par une fiction assez heureuse, l'auteur
introduisait, à la suite des Avars, les Arabes d'Espagne, qu'il montrait
dans le lointain, désireux aussi du baptême et du joug des Franks, et,
ce qu'on ne dédaignait pas à la cour de Charlemagne, venant verser les
trésors de Cordoue dans les coffres d'Aix-la-Chapelle[342]. «Grand roi,
disait-il, reçois d'un cœur joyeux ces trésors de toute sorte que Dieu
t'envoie des terres pannoniennes; rends-en grâces au Tout-Puissant, et
que ta main comme toujours soit généreuse pour ses temples. Voici venir
toutes prêtes à servir le Christ des nations que ton bras puissant
pousse vers lui: c'est le Hun aux longs cheveux nattés et pendants par
derrière; le voici aussi humble dans la foi qu'il était orgueilleux dans
l'impiété[343]. Que l'Arabe se joigne à lui, ces deux peuples sont
également chevelus; que l'un marche au baptême avec sa chevelure
tressée, l'autre avec sa crinière en désordre[344]. Riche Cordoue,
envoie bien vite vers ce roi, à qui doivent se faire tous les sacrifices
glorieux, les richesses accumulées depuis des siècles dans ton trésor!
De même que les Avars accourent, accourez, Arabes et Numides; fléchissez
à ses pieds vos genoux et vos cœurs[345]. Ceux que vous voyez là ne
furent pas moins que vous fiers et cruels, mais celui qui les a domptés
saura bien vous dompter aussi.»
[Note 341: D. Bouq., _Script. rer. Gall. et Franc._, t. V.]
[Note 342:
Corduba prolixo collectas tempore gazas
Mitte celer regi...
Theodulph., _Carm._ D. Bouq., t. V.]
[Note 343:
Pone venit textis ad Christum crinibus Hunnus,
Estque humilis fidei, qui fuit ante ferox.
Theodulph., _Carm._ D. Bouq., t. V.]
[Note 344:
Huic societur Arabs: populus crinitus uterque est,
Hic textus crines, ille solutus est.
_Id. ub. sup._]
[Note 345:
Ut veniunt Avares; Arabes, Nomadesque venite,
Regis et ante pedes flectite corda, genu.
_Id. loc. cit._]
Ces fêtes se célébrèrent au milieu du désordre d'une ville en
construction, car la grande cité d'Aquisgranum, la seconde Rome, comme
disaient les poëtes du temps[346], sortait alors de terre, sous les yeux
et par l'active impulsion de Charlemagne. Attiré dans ce site enchanteur
par l'abondance des sources thermales qui y formaient comme une rivière
bouillante[347], il y avait fait bâtir un palais, sa résidence favorite,
et, à proximité de ce palais, venaient se fonder l'un après l'autre les
établissements ordinaires d'une métropole. C'était là son plaisir dans
les rares moments de repos que lui laissait la guerre. Un contemporain
nous le représente inspectant les travaux et encourageant par ses
paroles une armée de tailleurs de pierre, de charpentiers et de maçons,
ou bien posté au haut de la citadelle déjà terminée, comme au haut d'un
observatoire, indiquant, le plan en main, la direction des rues et la
place du forum, de l'amphithéâtre ou de la basilique[348]. Déjà
s'élevait sur les colonnes de marbre amenées de Ravenne la coupole d'or
de la chapelle[349] où devaient reposer ses ossements, et des
fontainiers répandus de tous côtés captaient les sources pour les amener
dans de profondes piscines, où l'on descendait par des degrés de marbre
blanc[350]. Ces créations du génie civilisateur durent intéresser
médiocrement Tudun et ses sauvages compagnons; mais la cour franke avait
d'autres divertissements plus conformes à leur intelligence et à leur
goût. La chasse était une des vives passions de Charlemagne, et aux yeux
des Franks le plus noble plaisir qu'on pût offrir à des hôtes qu'on
voulait dignement traiter. Charles y entraînait ceux-là mêmes qui ne
s'en montraient pas très-soucieux, témoin ces ambassadeurs
d'Aroun-al-Rachid, qui éprouvèrent une si grande frayeur à l'aspect des
uroks, qu'ils n'avaient jamais vus[351]. On peut donc affirmer, quoique
l'histoire ait omis ce détail, qu'il y conduisit les Avars, ardents
chasseurs eux-mêmes, et chez qui la chasse était une institution
politique. Dans cette hypothèse, qui n'a rien que de très-acceptable,
nous emprunterons quelques détails aux écrivains contemporains, pour
donner un aspect vrai de cette cour d'Aix-la-Chapelle, à laquelle se
trouve mêlé assez bizarrement un kha-kan des Huns vaincu et baptisé.
[Note 346:
..... Ubi Roma secunda
Flore novo ingenii magna consurgit ad astra
Mole.................
Altaque disponens venturæ mœnia Romæ.
D. Bouq., t. V., _Carm. de Car. M._, v. 94 et seqq.]
[Note 347:
Fons nimio bullentis aquæ fervere calore.
_Carm. de Car. M._, v. 109.]
[Note 348:
Stat pius arce procul Carolus loca singula signans
Hic jubet esse forum; statuuntque profunda theatri
Fundamenta, tholis includunt atria celsis.
_Id._, v. 98 et seqq.]
[Note 349:
Construere ingenti templum molimine certant;
Scandit ad astra domus.....
_Id._, v. 112, 113.]
[Note 350:
Hic alii thermas calidas reperire laborant,
Balnea sponte sua ferventia mole recludunt,
armoreis gradibus speciosa sedilia pangunt.
_Id._, v. 107 et seqq.]
[Note 351: Monach. S. Gall., II, 12, apud D. Bouq., t. V, p.
125.]
Charlemagne préparait comme une expédition militaire ses chasses dans
les vastes forêts qui des coteaux d'Aix se prolongeaient, d'une part à
la grande forêt des Ardennes, de l'autre aux rideaux boisés des bords du
Rhin. Il y avait un plan tracé d'avance, des marches prévues, des
embuscades dressées; chacun avait son poste et son rôle, et tout le
monde y assistait soit comme acteur, soit comme spectateur. Les jeunes
fils du roi, la reine elle-même et les princesses n'étaient pas les
derniers à accourir, dès l'aube du jour, quand la trompe avait retenti,
afin de participer de loin ou de près aux périlleux amusements du
maître. «Dès que l'aurore d'un jour de chasse commence à se montrer,
nous dit un témoin de ces fêtes, les jeunes princes, sautant hors du
lit, revêtent précipitamment leurs armures; la reine et ses
belles-filles procèdent, mais plus lentement, à leur toilette[352], et
les leudes se rassemblent dans les cours du palais, tandis que les cors
résonnent, que les écuyers contiennent les chevaux impatients, et que
les meutes répondent par des aboiements au claquement des fouets. Le roi
entend d'abord la messe[353], puis il s'élance sur son vigoureux
coursier tout harnaché d'or, et donne le signal du départ; la troupe
joyeuse qu'il dépasse de toute la tête[354] se précipite après lui. Les
jeunes chasseurs sont armés d'un épieu à pointe de fer; quelques-uns
portent un filet carré. Une rangée de leudes sert de cortége au roi. La
belle épouse de Charles, la reine Luitgarde, se montre ensuite en tête
de la royale famille. Un ruban de pourpre qui entoure ses tempes se
relie à ses cheveux que couronne un diadème de pierreries; sa robe est
de pourpre deux fois teinte, et une chlamyde retenue au cou par une
agrafe d'or flotte gracieusement sur son épaule[355]. Un collier des
pierres les plus brillantes et les plus variées descend sur son sein;
elle monte un cheval superbe; des leudes et des écuyers l'environnent.
[Note 352:
Hinc thalamo cunctata diu regina superbo
Procedit...
_Carm. de Car. M._, v. 181.]
[Note 353:
..... Carolus sacra limina templi
Deseruit.....
_Id._, v. 177.]
[Note 354:
Rex Carolus cunctos humeris supereminet altis.
_Id._, v. 173.]
[Note 355:
Aurea fila ligant chlamydem, capitique byrillus
Inscritur; radians claro diadema metallo
Enitet, et vestit biscocco purpura bysso...
_Id._, v. 188 et seq.]
«La royale lignée la suit à distance, chacun avec son cortége
particulier. C'est d'abord Charles, le fils aîné du roi, qui porte le
nom et les traits de son père, et fait bondir sous lui un cheval
indompté; puis Pépin, le vainqueur des Avars, en qui revit la gloire
ainsi que le nom de son aïeul. Il porte au front le diadème des rois.
Une foule de leudes, noble sénat des Franks, se presse autour des jeunes
princes; mais Louis d'Aquitaine est absent...
«Arrive ensuite le bataillon des jeunes filles, qui déploie aux yeux ses
lignes étincelantes. Rotrude s'avance la première sur un cheval
frémissant qu'elle guide avec adresse; ses cheveux, d'un blond pâle,
sont entrelacés d'une bandelette couleur d'améthyste que relèvent des
escarboucles et des saphirs; une couronne de perles décore son front, et
son manteau est retenu par une large agrafe. Des suivantes en grand
nombre et richement parées composent son cortége. Berthe vient ensuite:
celle-ci a le port, les traits, la voix de son père; elle a aussi son
courage, car elle est son image vivante[356]. Ses cheveux sont tressés
de fils d'or; elle porte au front une couronne d'or et au cou une
fourrure d'hermine; sa robe est toute parsemée de pierreries, et son
manteau, cousu de lames d'or, projette au loin l'éclat des chrysolithes.
Gisèle paraît la troisième: vierge pudique, elle a quitté la solitude
des cloîtres pour suivre ici, dans l'agitation du monde, les traces du
père qu'elle aime. La robe modeste de l'abbesse est tissue de fils de
mauve et d'or[357]; on dirait que son visage et sa chevelure répandent
une douce auréole, et, sous les regards de tant d'hommes, la blancheur
de son cou se colore d'une légère rougeur. Sa main est d'argent, son
front d'or, et la sérénité du jour est dans son regard[358]. Une troupe
d'hommes d'armes l'entoure d'un côté, une troupe de jeunes filles de
l'autre, et leurs coursiers écumants s'agitent autour du sien. Rhodhaïde
précède l'escadron de ses suivantes; sa poitrine, son cou, ses cheveux,
brillent de l'éclat des plus beaux joyaux[359]; son manteau est de soie,
sa couronne de perles; une aiguille d'or à tête de perle attache sa
chlamyde, et une peau de cerf forme la housse de son cheval. Après elle
vient une fille de Fastrade, Théodrade, enfant au visage rosé, au front
blanc, aux cheveux plus jaunes que l'or; son manteau couleur d'hyacinthe
est garni de fourrure de taupe, et ses pieds sont chaussés de
cothurnes[360]. Montée sur un cheval blanc, elle le pique sans cesse
pour arriver en hâte à la forêt, et sa jeune sœur Hildrude a peine à la
suivre. C'est celle-ci qui clôt le cortége des princesses: ainsi l'a
voulu le sort de sa naissance...»
[Note 356:
Proxima Berta inter, multis sociata puellis,
Voce, virili animo, habitu, vultuque corusco,
Os, mores, oculos imitantia pectora patris
Fert....
_Carm. de Car. M._, v. 220 et seqq.]
[Note 357:
Tecta melocineo fulgescit femina amictu;...
On peut consulter, au sujet des tissus de Mauve, le Glossaire de
Ducange. Voy. _Melocinium_.]
[Note 358:
Argento stat facta manus frons aurea fulget,
Et magnum vincunt oculorum lumina Phœbum...]
[Note 359:
Pulchra vehetur equo Rhodaïdis virgo superbo,
Quo latitare solent hirsuto tergore cervi.
_Ibid._, v. 230-250.]
[Note 360:
Interea ingreditur vultu Theodrada corusco
Fronte venusta, nitens, et cedit crinibus aurum
Pallia permixtis lucent hyacinthina talpis;
Clara Sophocleoque ornatur virgo cothurno...
_Ibid._, v. 256 et seqq.]
Tudun quitta Aix-la-Chapelle assez mécontent, malgré les caresses et les
fêtes, et bien refroidi dans sa ferveur chrétienne. Il avait espéré que
le vainqueur lui laisserait la possession de son royaume pour prix de sa
docilité et en vertu de son baptême, mais il s'était trompé dans ses
calculs: Charlemagne avait besoin de s'assurer des positions militaires
en Hunnie, soit contre une révolte des Avars eux-mêmes, soit contre
l'empire grec, dont la mauvaise humeur devenait menaçante, et qui
pouvait un jour ou l'autre tenter contre lui, sur les bords du Danube,
au moyen des Huns, ce qu'il tentait naguère sur ceux du Pô au moyen des
Lombards. Ce double motif lui fit réserver les Pannonies, qu'il
incorpora au territoire frank comme une annexe de la Bavière. Il en fit
autant de la rive gauche du Danube jusqu'au Vaag. Le reste fut conservé
comme royaume de Hunnie, vassal de l'empire frank, et le kha-kan Tudun
en obtint l'investiture des mains de Charlemagne. Par suite de ce
partage, les provinces pannoniennes reçurent des gouverneurs royaux,
qualifiés de comtes ou de préfets, et l'empire frank toucha l'empire
grec à la Save. C'est cette portion des contrées danubiennes que les
écrivains byzantins appellent _Franco-Chorion_[361], le canton des
Franks. Pour s'assurer d'ailleurs l'obéissance des populations
hunniques, slaves et pannoniennes qui occupaient le canton, et prévenir
entre les empereurs de Constantinople et les kha-kans des menées
secrètes qui eussent entretenu l'agitation parmi elles, il fit descendre
le long du Danube des colonies germaines levées en Bavière, ou slaves
tirées de la Carinthie, et leur assigna des cantonnements sur divers
points[362]. Il s'en établit successivement un grand nombre, et ainsi se
créa autour de Vienne et du mont Comagène un noyau de population
teutonique.
[Note 361: Φραγγοχώρτον. Nicetas.]
Cette mesure mit le comble au mécontentement des Huns. Dans leur colère,
ils rompirent le serment de vasselage qu'ils avaient prêté à
Charlemagne, et ceux qui s'étaient faits chrétiens abjurèrent leur
nouvelle foi. Tudun lui-même et ses compagnons, qui avaient figuré sous
la robe de lin au baptistère d'Aix-la-Chapelle, ayant abjuré
publiquement le christianisme[363], la nation reprit ses anciens dieux
et courut aux armes. Une troupe nombreuse se jette d'abord sur la
Bavière, dont la frontière était faiblement gardée; les avant-postes
sont surpris, et le comte Gérold, accouru sur les lieux avec une poignée
d'hommes, est enveloppé et tué. Gérold, comte et gouverneur de cette
province au nom du roi, n'était pas moins éminent par sa piété et sa
bravoure que par son rang, car il était frère de la reine Hildegarde,
celle de toutes ses épouses que Charlemagne avait le plus aimées. Tombé
sous la main de ces Huns plus que païens, puisqu'ils étaient apostats,
Gérold fut considéré comme un martyr; et son corps, enlevé du champ de
bataille par des soldats saxons, fut conduit à l'abbaye de Richenay,
dont il était un des fondateurs. On l'y enterra en grande pompe, et la
pierre tumulaire qui le recouvrit reçut l'inscription suivante composée
en vers latins: «Mort en Pannonie pour la vraie paix de l'Église; il
tomba sous le tranchant de l'épée cruelle, aux calendes de
septembre[364]. Gérold a rendu son âme au ciel; le fidèle Saxon a
recueilli ses membres et les a portés ici, où ils ont été enfermés avec
tous les honneurs qu'ils méritaient.»
[Note 362: Cœperunt populi sive Sclavi, sive Bajoarii
inhabitare terram, unde expulsi sunt Hunni, et multiplicari...
Auct. Anonym., _Vit. S. Virgil._, ann. 798.]
[Note 363: Gens Avarorum a fide quam promiserat, defecit...
Regino. _Chron._, ad ann. 799.--Tudun, in promissa fide manere
noluit. _Annal. Laurisham._ ad eumd. ann.]
Ce fut un événement deux fois douloureux pour Charlemagne, et parce
qu'il aimait tendrement Gérold, et parce qu'un premier échec,
enhardissant à la fois les Huns et les Grecs, pouvait ébranler sa
puissance en Hunnie. Il en reçut la nouvelle au camp de Paderborn en
799, peu de temps après la visite que lui fit l'infortuné pape Léon III,
qu'une faction romaine avait emprisonné dans un monastère après avoir
tenté de lui crever les yeux, et qui, échappé à ses bourreaux, s'était
enfui auprès du roi des Franks. Charles ordonna de rassembler des
troupes en Bavière, et lui-même se rendit à Ratisbonne pour surveiller
de là les opérations de la guerre. Elle fut terrible et se prolongea à
travers des phases diverses jusqu'en l'année 803; mais les contemporains
ne nous la font connaître que par cette mention assez significative
d'ailleurs dans son laconisme: «Tudun et les Avars portèrent la peine de
leur perfidie.[365]» En 803, Tudun avait disparu, et le kha-kan Zodan,
son successeur, venait mettre aux pieds du souverain des Franks lui, ses
sujets et son pays. La conquête maintenant était définitive: Charlemagne
s'empressa d'en organiser l'administration. Nous lisons dans les vieux
actes qu'il institua cinq comtes de la frontière pannonienne, Gontram,
Werenhar ou Bérenger, Albric, Gotefrid et un autre Gérold, et qu'il
plaça la Hunnie sous la juridiction ecclésiastique de l'évêque de
Saltzbourg. Un capitulaire de l'année 804, relatif au commerce
d'exportation, applique à la Hunnie certaines mesures prises pour la
partie nord-est de l'empire[366]. Il est probable que Zodan, pour se
rendre acceptable aux Franks, avait suivi le même procédé que Tudun et
s'était fait chrétien, au moins ses successeurs le furent. Le kha-kan
qui régna en 805 portait le nom chrétien de Théodore, et fut remplacé
par un certain kha-kan Abraham, baptisé au lieu appelé Fiskaha[367],
dans le diocèse de Passau, non loin de la ville de Vienne.
[Note 364:
Pannoniis vera ecclesiæ pro pace peremptus
Oppetiit, sævo septembribus ense calendis...
D. Bouq., t. V., p. 400.]
[Note 365: Haud multo post perfidiæ suæ pœnas dedit. Eginh.,
_Annal._, ad ann. 799.
..... Mutans (Tudun) promissa fidemque,
Perfidiæ tulerat parvo post tempore pœnas.
Poet. Sax., eod. ann.]
[Note 366: Capitul. Carol. M. c. IX. ad. ann. 804.]
[Note 367: Abraham Chaganus baptizatus super _Fiskaha_.
_Chron. Ratisbon._, ad. ann. 805.--Chaganus alter... qui, baptismo
suscepto in loco _Fiskaha_, Abraham nomen sortitus est. German.
Sacr., t. I, p. 148.]
Le christianisme paraissait le lien le plus solide pour rattacher les
Avars à l'empire des Franks. Tout le monde travailla donc à leur
conversion, les laïques aussi bien que les clercs, les fonctionnaires
militaires ou civils aussi bien que les évêques. Le meilleur préfet fut
celui qui convertissait le plus. Les hagiographes mentionnent avec grand
éloge un certain Ing ou Ingo, comte de la Pannonie inférieure, qui
s'était rendu cher au peuple, disent-ils, et se faisait obéir à tel
point, qu'un commandement verbal émané de lui ou un morceau de papier
non écrit, mais muni de son sceau, suffisait pour qu'on accomplît sans
hésitation les ordres les plus graves. Voici de quelle façon il procéda
en matière religieuse au début de son gouvernement. Toutes les fois
qu'il invitait ses administrés à dîner chez lui, il faisait asseoir à sa
propre table les gens de bas étage et les serfs qui étaient chrétiens,
laissant dehors, devant la porte, les maîtres et les notables habitants
qui ne l'étaient pas. A ceux-ci il faisait distribuer, comme à des
mendiants, le pain, la viande et un peu de vin dans des vases communs,
tandis que les serfs faisaient grande chère et buvaient à sa santé dans
des coupes d'or[368]. «Qu'est-ce cela, comte Ingo? crièrent un jour du
dehors quelques chefs avars mécontents; pourquoi nous traitez-vous
ainsi[369]?--Je vous traite ainsi, répondit le comte, parce que, impurs
comme vous l'êtes, vous ne méritez pas de communiquer avec des hommes
qui se sont régénérés dans la fontaine sacrée du baptême: votre place
est celle des chiens à la porte de la maison.[370]» Le vieux récit
ajoute que les nobles huns, éclairés par ses paroles, n'eurent rien de
plus à cœur que de se faire instruire et baptiser.
[Note 368: Eos qui servis dominabantur, infideles, foris
sedere fecit, ponendo ante illos panem, et carnem, et fusca vasa
cum vino, ut sic sumerent victus, servis autem staupis deauratis
propinari jussit. Auct. op. _de Convers. Bajoar. et Carinth._, ap.
Duchesn. II.]
[Note 369: Tunc interrogantes primi de foris dixerunt: «Cur
facis nobis sic?» _Id., ibid._]
[Note 370: Non estis digni, non ablutis corporibus, cum sacro
fonte renatis communicare, sed foris domum ut canes sumere victus.
Auct. op. _de Convers. Bajoar. et Carinth._, Duch. II.]
Telle fut cette guerre de Hunnie, qui prolongea le territoire frank
jusqu'à la Save et le domaine suprême des Franks jusqu'à la mer Noire.
La France en retira un accroissement considérable de gloire, et
Charlemagne l'objet de son ambition, car, les anciennes provinces de
Pannonie et de Dacie étant ainsi rendues au christianisme et aux lois
des peuples latins, l'empire d'Occident se trouvait reconstitué de fait
plus complet, plus grand qu'on ne l'avait vu depuis Théodose. Le pape
consacra cette renaissance du vieux monde romain en plaçant sur la tête
de Charlemagne la couronne des augustes, à Rome, le jour de Noël de
l'année 800. Un second résultat de cette guerre fut d'effrayer assez
l'empire grec pour qu'Irène, qui avait refusé autrefois la main de la
jeune Rotrude pour son fils, offrît la sienne à Charlemagne. Si tel en
fut au dehors l'effet politique, elle augmenta au dedans l'autorité de
Charlemagne sur ses peuples, et enseigna aux Saxons à se résigner. On
s'accorda à la regarder comme la plus difficile de toutes celles que
Charlemagne avait entreprises, celle de Saxonie exceptée. Ces païens aux
cheveux tressés, contempteurs de Dieu et des saints, ce peuple d'Attila
avec son ring royal inépuisable en trésors, eurent longtemps le
privilége de défrayer les conversations du peuple et des soldats. Ceux
qui en revenaient ne se faisaient pas faute de récits incroyables sur ce
sauvage et lointain pays, sur ces remparts de haies qu'il fallait
franchir à chaque pas, sur les mœurs étranges et la férocité des
habitants. On exagérait à qui mieux mieux les dangers de l'attaque et
l'opiniâtreté de la défense, et il devint de mode de placer les Huns à
côté des Saxons et au-dessus de tous les autres barbares que les Franks
avaient combattus. Le moine de Saint-Gall, sur la foi de son père
nourricier, le soldat Adalbert, qui avait servi en Hunnie à la suite du
comte Gérold, introduit dans ses récits l'anecdote d'un brave des bords
de la Dordogne donnant son avis sur la valeur des différentes nations
qui ont eu affaire à lui. Ce brave, qui est un type achevé du Gascon
moderne, et dont les faits d'armes, à l'en croire, sont toujours
prodigieux, racontait que dans les guerres de Hunnie il fauchait les
Avars comme foin avec sa grande épée. «Il paraît lui dit malignement son
interlocuteur, que les Vendes vous ont donné plus de soucis.--Les
Vendes, ces mauvaises grenouilles! répliqua l'enfant de l'Aquitaine, je
les enfilais par sept, huit et quelquefois neuf dans le bois de ma
lance, et je les emportais sur mon épaule malgré leurs cris[371].» Cette
burlesque fanfaronnade fait voir du moins quelle différence mettait
l'opinion commune entre la bravoure des Avars et celle des Slaves.
[Note 371: Quid mihi ranunculi illi? Septem, vel octo, vel
certe novem de illis hasta mea perforatos, et nescio quid
murmurantes, huc illucque portare solebam. Monach. S. Gall. II,
20.]
Un écrivain plus grave, Eginhard, l'ami, le secrétaire, l'historien de
Charlemagne, résume dans les termes suivants les conséquences de la
guerre de Hunnie. «Elle fut conduite, dit-il, avec la plus grande
habileté et la plus grande vigueur, et dura pourtant huit années. La
Pannonie, aujourd'hui vide d'habitants, et la demeure royale rasée à ce
point qu'il n'en reste plus vestige, témoignent du nombre des combats
livrés et de la quantité de sang qu'on y versa. La noblesse des Huns y
tomba tout entière, leur gloire y périt, leurs trésors accumulés pendant
une longue suite de siècles y furent pris et dispersés. On n'aurait pas
à citer une seule expédition où les Franks se soient plus enrichis, car
on pourrait dire qu'auparavant ils étaient pauvres; mais il trouvèrent
dans le palais des kha-kans tant d'argent et d'or, ils recueillirent sur
les champs de bataille tant de riches dépouilles, que l'on peut conclure
à bon droit ceci, que les Franks très-justement ont reconquis sur les
Huns ce que ceux-ci très-injustement avaient ravi au reste du
monde[372].»
[Note 372: Tota in hoc bello Hunnorum nobilitas periit, tota
gloria decidit: omnis pecunia, et congesti ex longo tempore
thesauri direpti sunt. Neque ullum bellum contra Francos exortum
potest humana memoria recordari, quo illi magis ditati et opibus
aucti sint; quippe cum usque in id temporis pæne pauperes
viderentur, tantum auri et argenti.... ut merito credi possit: hoc
Francos Hunnis juste eripuisse, quod Hunni prius aliis gentibus
injuste eripuerunt. _Eginh., Vit. Car. M._, 13.]
La Hunnie abattue par le bras puissant de Charlemagne fut pour ses
sauvages voisins, Slaves et Bulgares, ce qu'est l'animal blessé à mort
dans une chasse pour les chiens qui s'abattent sur lui et le dépècent.
Vendes, Sorabes, Croates blancs, Bohêmes, Polonais, accoururent à la
curée par tous les passages occidentaux des Carpathes, tandis que les
Bulgares forçaient les passages orientaux et traversaient le Bas-Danube.
La condition à laquelle les Avars avaient condamné pendant si longtemps
leurs voisins, et principalement les Slaves, ils la subissaient de leur
part, avec cette aggravation de misère, que, dans l'état de servage où
ils étaient tenus par les Franks, ils ne pouvaient se défendre que les
mains liées pour ainsi dire. En vain se plaçaient-ils sous la sauvegarde
de la France; en vain Charlemagne menaçait-il d'envoyer une armée en
Slavie, rien n'arrêtait des nations indisciplinées qu'entraînaient un
désir de vengeance longtemps comprimé et l'amour du pillage. A chaque
instant, des bandes altérées de sang, fondaient sur un village, le
brûlaient, tuaient les habitants, prenaient les troupeaux, et se
prétendaient maîtres de la terre. Les Avars, pour vivre en paix,
résolurent d'émigrer sur la rive droite du Danube au milieu des
positions des Franks; et ils demandèrent comme une faveur à Charlemagne
de les cantonner dans ces provinces pannoniennes qui étaient naguère
leur bien. Ce fut le gros de la nation, son kha-kan en tête, qui se
décida à changer ainsi de demeure, et Charlemagne lui abandonna la
contrée située entre Carnuntum et Sabaria[373], des deux côtés de la
chaîne du Cettius; le cantonnement à l'est de cette chaîne prit le nom
d'Avarie, celui qui s'étendait de Comagène à l'Ens fut appelé Hunnie.
Théodore, qui installa ces deux colonies de son peuple sur l'ancien
patrimoine des Huns devenu une terre franke, obtint du roi d'y conserver
le titre et les honneurs des kha-kans[374].
[Note 373: Chaganus princeps Hunnorum propter necessitatem
populi sui imperatorem adiit, postulans sibi locum dari ad
habitandum inter Sabariam et Carnuntum, quia propter infestationem
Sclavorum in pristinis sedibus manere non poterat. _Annal. Met._,
ad. ann. 805.]
[Note 374: Theodorus... petens sibi honorem antiquum dari,
quem Chaganus apud Hunnos habere solebat: cujus precibus imperator
assensum prœbuit..... _Annal. Met._, ad. ann. 805.]
L'émigration, comme je l'ai dit, ne fut pas générale, c'est du moins ce
qui ressort clairement des faits de l'histoire; et les portions du
peuple avar qui restèrent dans l'ancienne Dacie, s'y retranchèrent
suivant toute probabilité dans des cantons faciles à défendre, au milieu
des marais ou dans les hautes vallées des Carpathes, afin d'y trouver un
refuge plus assuré contre l'envahissement continu des tribus slaves. La
Transylvanie dut être une de ces forteresses naturelles; et si la
tradition, qui place dans ce pays un reste des premiers Huns, est
historiquement vraie, les fils des soldats de Baïan purent s'y
rencontrer et s'y confondre avec les fils des soldats d'Attila. Comme
Charlemagne se souciait peu d'avoir conquis la rive gauche du Danube
pour la laisser aux Slaves, il envoya son fils aîné Charles avec une
grande armée en Bohême et dans les contrées voisines pour châtier ces
peuples et faire respecter un pays vassal des Franks. Cette guerre dura
quarante jours qui furent quarante jours d'incendie et de massacre. Les
agressions des Slaves ne furent pas réprimées pour cela, et l'on voit,
en l'année 811, trois députés avars: Cani, Zauci et Tudun, attendant à
Aix-la-Chapelle l'arrivée du roi Charles afin de s'expliquer devant
lui, contradictoirement avec les chefs des Slaves, sur la détermination
de leurs frontières[375]. Après la mort de Charlemagne, sous Louis le
Débonnaire et Charles le Chauve, les désordres s'accrurent au midi des
Carpathes, et le territoire avar transdanubien fut envahi pied à pied.
Il s'établit alors dans le groupe de montagnes d'où descend la Morava,
une puissance slave qui, non-seulement étendit sa domination sur presque
tout ce territoire, mais se rendit redoutable à l'empire frank. Ce fut
ce duché des Marahans ou Moraves, qui brilla quelques années d'un assez
grand éclat dans l'Europe orientale, pour tomber sous les coups d'un
peuple parent et vengeur des Avars, et faire place à un troisième empire
hunnique, l'empire des Hongrois.
[Note 375: Fuere etiam Aquis adventum ejus exspectantes, qui
de Pannonia venerunt, Cani, Zauci principes Avarum, et Tudun,
qui... Eginh., _Annal._, ad. ann. 811.]
Depuis la mort de Charlemagne, on n'entend plus guère parler des Avars.
A la faveur des discordes qui agitent l'empire frank sous Louis le
Débonnaire et son fils Charles le Chauve, ils essaient bien de remuer,
mais sans la moindre chance de succès: ils trempent en 819 dans la
révolte de Liudewit, commandant de la Basse-Pannonie, qui refusait
obéissance à l'empereur; du moins les voit-on en 822 envoyer des
ambassadeurs au congrès d'Aix-la-Chapelle avec de grands présents, comme
pour détourner la colère de Louis[376]. Le dernier document historique
qui nous entretienne de ce peuple expirant, est une lettre adressée par
le pape Eugène II, en 826, aux nations de la vallée du Danube et à leurs
chefs, particulièrement au kha-kan Tutundus, et à Moymar, duc de
Moravie. Nous y apprenons certaines particularités touchant la
conversion des Avars dont la marche était pénible et lente: le pape les
engage à se cotiser pour rétablir à leurs frais les anciens évêchés qui
existaient dans les provinces de Pannonie et de Dacie, sous la
domination des Romains et sous celle des Gépides[377]. «Satan, leur
dit-il, rôde toujours autour d'eux, et ils ont besoin de se fortifier
contre ses attaques. Qu'ils emploient donc une partie des terres qu'ils
possèdent à doter de nouveaux siéges épiscopaux et à multiplier le
nombre de leurs pasteurs, car il est écrit: Comment se convertiront-ils
si on ne les prêche; et comment les prêchera-t-on, s'il n'y a pas
d'envoyés[378]?»
[Note 376: In Pannonia residentum Avarum legationes cum
muneribus ad se missis excepit. Eginh., _Annal._, ad ann. 822.]
[Note 377: In his partibus etiam quondam Romanorum quoque,
Gepidarumque ætate... Epist., Eugen., Pap. ad Tutund. Avar.
Chagan., ann. 826.]
[Note 378: Quomodo credent sine prædicante? aut quomodo
prædicabunt, nisi mittantur? _Ibid._]
«Regardez, ajoute l'_Encyclique_ en terminant, comme l'artisan de toute
ruse, le démon, au royaume duquel vous avez renoncé par le baptême,
souffre impatiemment ce rapt salutaire qui vous a soustraits à son joug.
Toujours prêt à semer parmi vous l'ivraie de la perfidie, il cherche à
réparer le tort qu'il a éprouvé en vous et travaille incessamment à vous
faire abjurer la sainte profession du Christ... Pour que vous puissiez
recevoir une instruction convenable, le nombre des évêques institués au
milieu de vous est loin de suffire, car une portion de votre peuple
reste encore enchaînée aux erreurs du paganisme, le manque de
prédicateurs la laissant dans l'ignorance de la parole divine[379].
Ingéniez-vous donc à prêter aide et assistance au très-révérend
archevêque Urolfe, votre pasteur suprême, afin qu'il complète le nombre
des évêques à établir dans vos contrées. Ceux qui sont canoniquement
institués pourront à votre profit et à celui de vos enfants, et pour la
gloire du saint nom de Dieu, relever les églises que la renommée vous
apprendra avoir autrefois existé chez vous, si vous conférez à
perpétuité sur vos possessions, une somme de revenus suffisante pour
l'érection de ces églises et l'entretien de leurs prêtres[380].
Établissez des évêques partout où il en sera besoin et où la convenance
du lieu l'exigera, en un mot partout où il y aura encore trace d'églises
métropolitaines. Et à défaut nous laissons votre premier pasteur maître
de créer les siéges épiscopaux qu'il jugera nécessaires, et le
constituons au milieu de vous dépositaire de l'autorité ecclésiastique
remise par nous entre ses mains.»
[Note 379: Quia plures sunt adhuc gentilitatis errore ibidem
detenti, ad quos, propter inopiam præconum divini verbi, nondum
pervenit notitia Christi. Epist., Eugen. P. ad Chag. ann. 826.]
[Note 380: Si ad restaurationem Ecclesiarum... de
possessionibus vestris, quas reditus dotesque earum, fama
divulgante, quondam fuisse noveritis, æternam sufficientiam vobis
comparantes, eisdem ecclesiis ipsi conferatis idoneis viris ad hoc
ministerium electis. _Ibid._]