M. Martini avait fini de parler. Mme Parisse revenait, sa promenade
terminée. Elle passa gravement, près de moi, les yeux sur les Alpes
dont les sommets à présent étaient roses sous les derniers rayons du
soleil.
J'avais envie de la saluer, la triste et pauvre femme qui devait penser
toujours à cette nuit d'amour déjà si lointaine, et à l'homme hardi qui
avait osé, pour un baiser d'elle, mettre une ville en état de siège et
compromettre tout son avenir.
Aujourd'hui, il l'avait oubliée sans doute, à moins qu'il ne racontât,
après boire, cette farce audacieuse, comique et tendre.
L'avait-elle revu? L'aimait-elle encore? Et je songeais: «Voici bien
un trait de l'amour moderne, grotesque et pourtant héroïque. L'Homère
qui chanterait cette Hélène, et l'aventure de son Ménélas, devrait
avoir l'âme de Paul de Kock. Et pourtant, il est vaillant, téméraire,
beau, fort comme Achille, et plus rusé qu'Ulysse, le héros de cette
abandonnée!»
_Madame Parisse_ a paru dans _le Gil-Blas_ du mardi 16 mars 1886.