Madame, vous entendrés par les lettres de Mr de Mauvissière, et par
celle que j'escriptz au Roy, les propos que nous avons eus avec ceste
princesse, le jour que je l'ay présenté, et que j'ay commancé de
prendre congé d'elle; qui, en substance, ont esté parolles de
courtoysie et d'honnesteté, qu'elle m'a uzé pour signiffier sa
satisfaction de ma négociation passée, et de quelque regrect de mon
partement, et d'aultres parolles non moins courtoyses ny moins
honnestes, ny de moindre faveur que celles là, à Mr de Mauvissière
pour luy dire qu'il fût le bien venu, et qu'elle avoit grand
contantement de l'élection que Voz Majestez ont faicte de luy; et que
très agréablement elle le recevoit vostre ambassadeur pour résider
prez d'elle. A quoy les principaulx seigneurs de ce conseil et toute
ceste court ont concouru d'une bonne démonstration d'affection vers
luy, et d'avoyr très bonne opinyon de luy. Il a expliqué fort
honnorablement sa créance à la dicte Dame, et luy a renouvellé le
propos de Monseigneur, vostre filz, aux plus exprès et approchans
termes qu'il s'est peu souvenir de ceux que Vostre Majesté a uzé en la
lettre qu'elle a escripte à la dicte Dame. Et elle les a prins de fort
bonne part. Et desjà nous avons, par quatre ou cinq foys, esté là
dessus en conférance avec elle et avec ceulx de son conseil; qui,
parmy des facillités, vous opposent tousjours des difficultez non
petites, lesquelles néantmoins regardent plus à vouloir éviter qu'à
vouloir fère le refus; et quand nous en aurons tiré quelque
résolution, Mr de Mauvissière la vous escripra, et je la vous iray
apporter. Et vous promectz, Madame, que je luy layrray l'entière
instruction de ce qui m'a escléré icy, et qui m'a guidé de vous fère,
en ce propos et aultres évènemens de deçà, le service dont monstrés
avoyr contantement: duquel je loue et remercye Dieu et le prye, etc.
Ce Xe jour de septembre 1575.