AU ROY.

Sire, le dernier du moys passé, j'ay présenté en ce lieu, de Vuodstok,

Mr de Mauvissière à la Royne d'Angleterre, et luy ay dict que,

m'ayant, Vostre Majesté, octroyé mon congé, vous l'aviez envoyé pour

me succéder en ceste charge, et espériez que l'élection luy en

playroit, sellon que vous l'aviez ainsy expressément faicte, affin

qu'elle luy pleût en toutes sortes, et qu'elle cogneût que vous aviez

bien voulu mettre ung ambassadeur prez d'elle, duquel, oultre l'estime

que vous aviez de sa suffizance, pour estre ung gentilhomme de

longtemps versé en affères d'estat, qui avoit eu de bien honnorables

commissions, en paix et en guerre, et aulcunes vers elle, dont il

s'estoit tousjours dignement acquité, et oultre, aussy, que vous le

teniés pour très loyal serviteur, duquel vous aviez esprouvé le cueur

estre bon et droict vers vostre service, et bien incliné aulx choses

bonnes, voyre, à celles qui estoient meilleures, vous sçaviez qu'il

estoit bien affectionné et dévot aux rares et excellantes vertus qu'il

avoit cognues, et souvant publiées, de la dicte Dame; et que luy

ayant, Vostre Majesté, fort expressément commandé de la révérer, et de

luy complère en tout ce qu'il luy seroit possible, il estoit venu pour

nullement n'y faillyr;

Que, de ma part, je m'en retourneroys, avec son bon congé, retrouver

Vostre Majesté, et que, si je ne m'estois rendu indigne des grâces et

faveurs, dont elle m'avoit obligé, tout le temps que j'avoys résidé

par deçà, je la supplioys d'y obliger davantage le dict Sr de

Mauvissière.

Et là dessus, il luy a présenté voz lettres et recommandations, et luy

a, d'une fort bonne et fort agréable façon, expliqué la créance qu'il

avoit de Vostre Majesté pour la continuation de vostre commune amityé,

et pour la confirmation d'icelle, par le bon propos de Monseigneur

vostre frère, suyvant ce que la Royne, vostre mère, luy en escripvoit

de sa main. Et luy a déduict plusieurs raysons fort considérables pour

la mouvoir, et la rendre bien inclinée à vostre honneste desir.

A quoy, elle, après aulcunes parolles qu'il luy a pleu dire en quelque

recommandation de ma négociation passée, lesquelles ne me siéroient

bien de les escripre, elle en a dict plusieurs aultres bien bonnes du

gré, qu'elle vous sçavoit, de luy avoyr envoyé Mr de Mauvissière, et

qu'elle le recevoit aultant agréablement que gentilhomme qu'eussiez

sceu mettre en ce lieu. Ce qu'elle a davantage tesmoigné par des

caresses, faveurs et honnestes privautés, qu'elle luy a faictes.

Et sommes entrés en conférance des particullaritez du propos de Mon

dict Seigneur, vostre frère, avec la dicte Dame et avec les seigneurs

de son conseil; dont voicy la cinquiesme foys, aujourdhuy, que nous

sommes assemblez là dessus, avec elle et avec eulx, non sans beaucoup

d'oppositions et de difficultez qu'ilz nous font; lesquelles nous

essayerons d'oster, aultant qu'il nous sera possible, affin que nous

puissions tirer une bonne et aulmoins une clère résolution d'eux. Dont

Mr de Mauvissière la vous escripra et je la vous iray apporter; vous

voulant bien assurer, Sire, qu'il a si bien et si heureusement

commancé sa charge, et les choses d'icy monstrent de luy debvoir si

bien succéder que Vostre Majesté en peut espérer beaucoup de bon

service, et beaucoup de bon contantement; aydant le Créateur auquel,

etc. Ce Xe jour de septembre 1575.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 265 / 273 题