A LA ROYNE.

Madame, ceste dépesche, que je fay présentement à Voz Majestez, est

pour leur fère entendre le contenu d'une lettre qu'ung des premiers et

principaulx milords de ce royaulme m'a escripte, à laquelle je ne luy

ay rien respondu, et si, ay esté en doubte si je la debvoys

entièrement réserver secrette devers moy, affin de ne remuer rien plus

en ung affère qui a esté plusieurs foys en vain essayé, et lequel je

ne sçay comme, à présent, il est agréable de vostre costé. Mais

considérant qu'il fault révéler toutes choses à Voz Majestez, et

elles, puis après, en ordonneront comme il leur plerra, et que

d'ailleurs, le personnage qui m'a escript est de tel poix et gravité,

et si retenu, qu'il ne dict rien à la volée ny sans bon fondement,

j'ay enfin prins ceste résolution qu'il ne vous en seroit rien

dissimulé. Et seulement je me suis abstenu de vous y adjouxter rien de

mon adviz parce que Vostre Majesté void tout à cler ce qui est de

dellà, et juge mieulx de ce qui est icy que je ne sçauroys fère; et ne

diray que ce mot que ceulx cy temporizeront indubitablement d'envoyer

l'ordre jusques à ce qu'ilz pourront avoyr eu quelque notice de

l'intention de Voz Majestez en cest endroict. Et sur ce, etc.

Ce VIe jour d'aoust 1575.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 257 / 273 题