Madame, parce que, dès l'entrée des propos, où la Royne d'Angleterre
et moy, après ceulx des honnestes complimentz, sommes ceste foys venus
à ceulx de la négociation de deçà, j'ay bien cognu qu'elle estoit
esmeue, et avoit le cueur pressé et son esprit en perplexité
d'aulcunes choses de France, je l'ay temporisée longtemps sans luy
rien contredyre. Et, après, je luy ay faict aulcunes remonstrances, en
partye grâcieuses, et en partye avec quelque expression, pour la
conduyre peu à peu à parler de Vostre Majesté. Et enfin luy ay dict
qu'elle se pouvoit bien souvenir que vous aviez tousjours mis bon
ordre que nulz de ses ennemys fussent ouys ny jamays bien venus en
France, et qu'à présent ilz en estoient plus reboutez que jamays; dont
le Roy et Vostre Majesté la vouliez bien prier que ceulx, qui vous
estoyent malveillantz, ne fussent aussy ny bien receus d'elle, ny
escoutez de ceulx de son conseil, et qu'elle ne leur voulût donner ny
foy ny crédict contre vous.
A quoy elle, après plusieurs argumentz et réplicques, m'a enfin
confessé qu'elle ne pouvoit ny vouloit nyer qu'elle ne vous eût plus
d'obligations qu'à princesse de la Chrestienté, mais que vous
cognoissyez aussy qu'elle n'en estoit ny ingrate ny mescognoissante,
et que ses bons déportementz n'avoient esté moindres, ny de moins de
prouffit à Voz Très Chrestiennes Majestez que les vostres vers elle;
et qu'elle me prioit de vous saluer très cordiallement de toutes ses
meilleures recommandations, et de vous prier que voulussiez, à ceste
heure, plus que jamays, avoyr ung honneste respect à elle et à son
amityé, ainsy qu'elle en avoit tousjours eu, et vouloit de bon cueur
avoyr, à vous et à la vostre, et au Roy, vostre filz, et à la sienne,
et qu'elle ne m'en diroit pas, pour ce coup, davantage.
Je pense desjà avoyr comprins où cella va; dont par mes premières je
le vous manderay, ensemble ce que j'auray plus avant apprins d'aultres
choses. Et sur ce, etc.
Ce XIIe jour de juing 1575.