AU ROY.

Sire, j'ay esté, ceste foys, assez favorablement receu de ceste

princesse, en la mayson de milord trésorier, où elle a séjourné huict

ou dix jours, et m'a faict invyter à ung festin qui s'y est faict

dimanche dernyer. Elle a esté fort contante de vostre acceptation de

son ordre, et m'a pryé que je vous en fisse ung singullier mercyement

de sa part, et que bientost elle vous dépeschera ung seigneur de bonne

qualité pour le vous apporter; qui aura la mesmes bonne affection à

l'entretènement de vostre mutuelle amityé que le comte de Lestre

pourroit avoyr, lequel elle ne refuzeroit pas de le vous envoyer, si

c'estoit pour occasion qui importât à vostre service; mais, parce que

c'est luy qui a la principalle charge de son progrès, et qu'elle

dellibère de l'aller fère bien loing vers le North, et mesmes passer,

à l'aller et au retour, en la mayson du dict comte, à Quilingourt,

elle vous supplye de l'excuser de ce voyage.

Je luy ay fort incisté qu'elle vous contantât de cella, et qu'il luy

rapporteroit, à son retour, de quoy estre plus contante et plus

joyeuse, et en plus de repos, toute sa vye; mais je ne l'ay peu

impétrer. Je ne sçays encores si elle se ravisera; néantmoins, Sire,

il est venu fort à propos que Vostre Majesté l'ayt ainsy demandé, car,

sans cella, je me trouvoys fort confus sur quelques poinctz que la

dicte Dame m'a touché, en passant, avec ung peu d'aygreur; desquels il

est besoing que je cherche de descouvrir, au vray, quel en est le

fondz, affin de le vous mander. Et je pense bien qu'une bonne partye a

procédé de la dernière dépesche de son ambassadeur, et de la créance

que me mandez que Jacomo, qui la luy a apportée, a eu à luy

explicquer; dont bientost j'en auray quelque esclarcissement, et vous

manderay, par mesmes moyen, Sire, ce qu'elle m'a discouru sur le faict

de la paix, avecques voz subjectz. Qui ay bien cognu qu'elle n'avoit

encores eu la relation de la vraye vérité de voz responces, dont m'a

fort pryé de luy vouloir bayller, par escript, le sommayre de ce que

vous accordés à voz subjectz pour l'exercice de leur religyon; ce que

je ne luy ay ozé promettre, et ne le luy ay pas refuzé, aussy, à cause

du postscript de vostre lettre.

Néantmoins je supplye très humblement Vostre Majesté de donner tant de

foy à ce que j'ay très soigneusement nothé, et bien curieusement

recueilly, des propos et démonstrations de la dicte Dame, qu'elle

desire, sans fiction ny ypochrisye quelconque, que puissiez mettre la

paix en vostre royaulme; et se trouve assez en peyne comme se

desmeller des violentes persuasions à quoy, de toutes partz, l'on la

sollicite contre vous, en cest endroict. Qui veulx bien confesser,

Sire, qu'elle ne m'a pas dissimulé que, pour aulcunes occasions, et

mesmes pour quelque griefve matière d'offance, elle ne soit

aulcunement provoquée à vous nuyre.

Mais, enfin, après luy avoyr admené des considérations qui sont venues

tout à temps, (et ne failloit pas qu'elles tardassent davantage), elle

m'a dict qu'elle ne deffaudra nullement à l'amityé qu'elle vous a

promise, si vous ne luy manquez de la vostre; et qu'elle vous prye de

ne donner légèrement foy aulx rapportz qu'on vous fera d'elle, comme

aussy elle n'en donra poinct à ceulx qu'on luy fera de vous; mais que

vous reportiez toutz deux aulx mutuelles actions l'ung de l'aultre,

sellon qu'elle ne refuze poinct que vous examiniez bien les siennes;

car elle examinera bien fort curieusement les vostres.

Et, pour ceste foys, Sire, je ne veulx mettre Vostre Majesté en

allarme d'aulcune chose apparante de ce costé, mais l'on m'a bien dict

qu'il s'y prépare quelques contributions de deniers d'aulcuns

particulliers protestantz pour envoyer en Allemaigne. Sur ce, etc.

Ce XIIe jour de juing 1575.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 231 / 273 题