Madame, j'ay tesmoigné à ceste princesse le grand playsir qu'avez eu
de la continuation de la ligue d'entre le Roy, vostre filz, et elle,
et comme vous promettiez bien que vous la rendriez d'éternelle durée
tant que vous vivrés, du costé de dellà, si elle la sçayt et veut
maintenir bien droicte, du sien; qui a esté ung propos qu'elle a eu
fort agréable. Et m'a respondu qu'elle vouloit franchement
recognoistre de Vostre Majesté la conservation de la paix et de
l'amityé que, depuis son advènement à ceste couronne, elle avoit
tousjours eue avec la couronne de France, et qu'elle vous supplioyt de
ne vous lasser encores de ce commun bien, duquel elle mettroit peyne
que ne demeurissiez moins bien satisfaict d'elle qu'elle espéroit de
l'estre tousjours bien fort de Voz Très Chrestiennes Majestez.
J'ay suivy à luy dire que vous m'aviez commandé de la prier
confidemment, de vostre part, que, par la première dépesche qu'elle
feroit à son ambassadeur, elle luy voulût adjouxter ung mot de telle
expression qu'il cognût évidemment qu'elle vouloit et desiroit, sans
feincte ny simulation aulcune, que la paix succédât en France: car on
vous avoit rapporté que, ez secrettes conférances d'entre les depputez
et luy, il leur donnoit entendre le contrayre.
Elle m'a respondu qu'il ne se pouvoit fère qu'il eût commis ung si
meschant acte que celluy là, car c'estoit contre ce qu'elle luy avoit
commandé de fère, et qu'elle sçavoit bien que les depputés avoient
cherché d'avoyr communicquation avecques luy, mais qu'il s'en estoit
excusé, et estoit aulcunement souspeçonné d'estre papiste, et que
c'estoit luy mesmes qui l'avoit incitée de procurer la paix par dellà,
et de offrir à Voz Majestez ce qu'elle y pourroit fère, comme elle
l'avoit desjà faict; et qu'elle eût bien pensé de pouvoir mener ceulx
de la nouvelle religyon à se contanter de moins que, possible, ilz ne
feront; et qu'il y a quelque temps que le Roy d'Espaigne luy avoit
bien faict dire, soubz main, qu'il auroit grand playsir qu'elle se
voulût employer à luy moyenner une bonne paix en ses Pays Bas, après
toutesfoys qu'il auroit essayé de l'y fère luy mesmes, et que,
depuis, il l'avoit pourchassée, l'espace de deux ans, et si, ne
l'avoit pas encores; ny l'Empereur, lequel il y avoit employé, ne
l'avoit guyères advancée; et qu'elle ne vous pouvoit, pour ce regard,
prier de prendre ung plus salutayre conseil que de fère, commant que
ce soit, et le plus tost que pourrez, la paix, ny vous offrir rien de
mieulx en cella que ce qu'elle vous avoit desjà offert, qu'elle vous
offroit encores de bon cueur; et vous assurer, au reste, qu'elle
n'oublyeroit nullement l'article que demandiez, en la première lettre
qu'elle escriproit à son ambassadeur. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour de
may 1575.